Par saint Charles d'Arona, que Dieu l'en préserve à jamais.... Serait-il vrai en effet, ma Lisidis, que nous sommes revenus de l'île Belle au doux bruit de ta guitare, jusqu'à notre jolie maison d'Arona,—de Larisse, de Thessalie, au doux bruit de ta harpe et des eaux du Pénée?

«Laisse la Thessalie. Lorenzo, réveille-toi... vois les rayons du soleil levant qui frappe la tête colossale de saint Charles. Écoute le bruit du lac qui vient mourir au pied de notre jolie maison d'Arona. Respire les brises du matin qui portent sur leurs ailes si fraîches tous les parfums des jardins et des îles, tous les murmures du jour naissant. Le Pénée coule bien loin d'ici.»

Tu ne comprendras jamais ce que j'ai souffert cette nuit sur ses rivages. Que ce fleuve soit maudit de la nature, et maudite aussi la maladie funeste qui a égaré mon âme pendant des heures plus longues que la vie dans des scènes de fausses délices et de cruelles terreurs! elle a imposé sur mes cheveux le poids de dix ans de vieillesse!

«Je te jure qu'ils n'ont pas blanchi... mais une autre fois plus attentive, je lierais une de mes mains à ta main, je glisserai l'autre dans les boucles de tes cheveux, je respirerai toute la nuit le souffle de tes lèvres, et je me défendrai d'un sommeil profond pour pouvoir te réveiller toujours avant que le mal qui te tourmente soit parvenu jusqu'à ton cœur.... Dors-tu?»


[Note sur le rhombus]

Ce mot, fort mal expliqué par les lexicographes et les commentateurs, a occasionné tant de singulières méprises, qu'on me pardonnera peut-être d'en épargner de nouvelles aux traducteurs à venir. M. Noël lui-même, dont la saine érudition est rarement en défaut, n'y voit qu'une sorte de roue en usage dans les opérations magiques; plus heureux toutefois dans cette rencontre que son estimable homonyme, l'auteur de l'Histoire des pêches, qui, trompé par une conformité de nom fondée sur une conformité de figure, a regardé le rhombus comme un poisson, et qui fait honneur au turbot des merveilles de cet instrument de Sicile et de Thessalie. Lucien, cependant, qui parle d'un rhombos d'airain, témoigne assez qu'il est question d'autre chose que d'un poisson. Perrot d'Ablancourt a traduit «un miroir d'airain», parce qu'il y avait en effet des miroirs faits en rhombe, et que la forme se prend quelquefois pour la chose dans le style figuré. Belin de Ballu a rectifié cette erreur pour tomber dans une autre. Théocrite fait dire à une de ses bergères: «Comme le rhombos tourne rapidement au gré de mes désirs, ordonne, Vénus, que mon amant revienne à ma porte avec la même vitesse.» Le traducteur latin de l'inappréciable édition de Libert approche beaucoup de la vérité:

Utque volvitur hic aeneus orbis, ope Veneris,
Sic ille voluatur ante nostras fores.

Un globe d'airain n'a rien de commun avec un miroir. Il est fait aussi mention du rhombus dans la seconde élégie du livre second de Properce, et dans la trentième épigramme du neuvième livre de Martial, sauf erreur. Il est presque décrit, dans la huitième élégie du livre premier des Amours, où Ovide passe en revue les secrets de la magicienne qui instruit sa fille aux mystères exécrables de son art; et je dois le secret d'une découverte, d'ailleurs bien insignifiante, à cette réminiscence:

Scit bene [Saga] quid gramen, quid torto concita rhombo
Licia, quid valeat, etc.