Le profane que je suis osera pourtant confesser le plaisir qu'il a pris au divertissement qui termine ce volume. La chanson du Roi Dagobert n'est pas seulement de la drôlerie la plus savoureuse.
La profession de foi, car c'en est une, que Charles Péguy met dans la bouche du Roi Dagobert sur «les deux races d'hommes» est, ou je me trompe fort, une pièce capitale de sa philosophie.
Cet ancien normalien que d'un pseudonyme d'affectueuse gouaillerie ses soldats de la grande guerre, ceux qu'il conduira jusqu'au bord de la victoire de l'Ourcq, ont surnommé «le Pion», cet universitaire a l'horreur du pion.
Il dresse en face l'une de l'autre deux races d'hommes: les livresques et les autres; ceux qui tiennent des autorités pour des raisons; qui ont désappris, s'ils le surent jamais, à penser par eux-mêmes et ceux qui placent au dessus de tout l'indépendance de leur pensée et la liberté de leur raison; ceux qui connaissent les livres et qui ne connaissent qu'eux; pour lesquels les choses ne sont visibles qu'à travers les auteurs—«Cette Voulzie qui existe vous embête»—et ceux qui connaissent les réalités.
Péguy a le dédain, j'oserai dire la nausée des pédants, parce qu'il en a trop vu et aussi parce que sa passion de la vérité et de la réalité s'exaspère jusqu'à la fureur contre l'artificiel, le plaqué et le faux semblant.
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M'excusera-t-on d'avoir défloré le plaisir que se promet le lecteur de lire continument ce volume, en en découpant quelques-uns des passages les plus significatifs?
J'ai cru que Péguy ne pouvait être mieux présenté que par lui-même et c'est pourquoi je l'ai laissé parler.
Sa physionomie ne sort-elle pas de ses confessions avec la netteté et le relief souhaitables.
Ce petit paysan, de pure souche française, vous le voyez se jeter avec avidité sur la culture classique: entendez-le narrer ses émotions devant la révélation du latin et son ravissement à la déclinaison de rosa, rosæ. Il absorbe par tous les pores les leçons de ses maîtres. Tout lui est profit et joie.