—Ce sont là, docteur, de grandes questions, et que ces simples consultations et conversations ne suffiront pas à délier: la passion de la vie et de la mort, de la maladie et de la santé, de la joie et de la douleur. Il y faudrait au moins des dialogues.

—Ou un poème. Ou des poèmes. Ou un drame. On en a fait. Beaucoup. Nous dialoguerons si la vie et l'action nous en laisse l'espace et la force, plus tard, quand nous serons mieux renseignés. Alors nous dirons des dialogues. Aujourd'hui nous causerons à l'abandon, comme il convient à un convalescent. Pour quelles raisons vouliez-vous échapper à la mort?

—Autant que je me rappelle et que puis démêler, je savais que ma mort causerait une épouvantable souffrance à quelques-uns, une grande souffrance à plusieurs, une souffrance à beaucoup.

—Bien. Nous sommes ainsi reconduits de la considération de la mort à la considération de la douleur et du mal.

—J'aurais eu de la peine réciproquement si je m'étais représenté que la mort consistait sans doute à quitter les survivants. Mais je n'arrivais pas à me donner cette représentation.

—C'est un défaut de l'imagination.

—Je pensais très vivement au contraire que je laisserais inachevées plusieurs entreprises que j'ai commencées, un livre que j'ai commencé, plusieurs livres que j'espérais commencer, continuer et finir, ces cahiers mêmes, essayés au moins pour un an, où vous savez que je mets tous mes soins.

—Cela prouve, citoyen convalescent, que vous vous intéressez à ce que vous faites.

—Cela prouve surtout que je le travaille. Je ne vous le dirais pas aussi brutalement si on ne me l'avait sévèrement reproché.

—Vous auriez tort: on doit toujours dire brutalement.