Non certes, jamais il ne consentira à y renoncer. Qu'il se soit parfois trompé sur les hommes et sur les choses; que la passion même avec laquelle il traitait des uns et des autres l'ait parfois induit en erreur, c'est une autre affaire. Toujours sur tout et sur tous il a dit, à ses risques et périls, ce qu'il tenait pour la vérité.
A vingt-cinq ans il a déjà édité deux livres où l'on le trouve tout entier tel que nous le connaîtrons tout le long de sa vie, si courte et si pleine.
Jeanne d'Arc, sa première Jeanne d'Arc, si humaine, si attachante, si pitoyable: «fini d'imprimer en décembre 1897.»
Marcel, ou l'utopie socialiste; entendez par là: une construction purement idéale, élevée, sans aucune préoccupation du réel, sur des bases empruntées aux théoriciens du socialisme: «fini d'imprimer en juin 1898.»
Comme s'il eût prévu que son existence serait brève, il se presse. Son mariage à vingt-quatre ans lui apporte une petite fortune que d'accord avec sa nouvelle famille il place aussitôt, il engloutit serait plus exact, dans la fondation d'une librairie. On lira le récit de cette tentative malheureuse.
Elle fut comme le prologue de la création des Cahiers de la Quinzaine. Le volume au devant duquel j'écris ces lignes rassemble quelques-uns de ceux du début.
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5 janvier 1900. C'est la date du premier Cahier.
Les vibrations de l'Affaire n'ont pas fini de s'éteindre. On vient de vivre des mois, des années en bataille. On n'a pas perdu l'habitude, pour ne pas dire le goût des invectives. «En ce temps-là nous finissions tous par avoir un langage brutal.» Et un peu plus tard, en mars 1900 encore: «On doit toujours dire brutalement.»
Ce qu'on doit dire brutalement, est-il besoin de le répéter, c'est la vérité.