—Ah oui, aux petits teigneux? Il était aussi des petits teigneux?
—Comment, des petits teigneux? Quels petits teigneux?
—Tu n'as donc pas lu l'interview de Guesde, que lui a prise un rédacteur du Temps.
—Ah! c'est ça tes petits teigneux! Si, je l'ai lue. Non seulement je l'ai lue dans la Petite République—
—Malheureusement la Petite République ne donnait qu'un extrait, comme toujours.
—Non seulement je l'ai lue dans la Petite République, mais le prochain cahier, si les nécessités de la mise en pages nous le permettent, la donnera tout entière d'après le Temps, avec les annexes.
—Alors depuis ce temps-là, en province, on ne s'appelle plus que les petits teigneux: Bonjour, teigneux, bonjour.—Comment va la teigne?—Allons, au revoir, teigneux. Ce n'est pas spirituel. C'est comme toutes les plaisanteries scolaires, militaires, célibataires et régimentaires. Mais il faut nous pardonner cela.—Ainsi ce vieux Desbois est devenu teigneux. Écoute, ça me fait plaisir. Quand il était en Sorbonne, il esthétisait un peu. Mais ça devait se passer, parce que c'était un bon garçon, très sincère. Je suis content qu'il en soit. Quand tu le verras, tu lui donneras le bonjour pour moi. On n'aurait pas dit, dans le temps, qu'il serait des premiers à trinquer.
—Oui, et sérieusement. Il avait un recteur qui n'était pas assez teigneux. Un soir il avait osé dire au peuple que l'hypothèse de Dieu n'était pas plus intéressante que l'hypothèse du droit de propriété. Alors, tu comprends, la circulaire Leygues—
—J'entends bien. C'est vraiment un très brave garçon. Et notre camarade Léon Deschamps?
—Il a encore été refusé à l'agrégation de grammaire. Alors il enseigne le français et l'allemand au collège de Coulommiers. C'est un bon poste. Il est près de Paris.