Dans l'après-midi, le capitaine Ostell passa avec sa compagnie en route d'Edmonton à la rivière Bataille.

Quelques jours plus tard, le Rev. P. Leduc, missionnaire attaché à l'évêché de St. Albert, passa au Fort. Sur le conseil du capitaine, tous les soldats allèrent à confesse. Une tente avait été montée près du Fort et servait de confessionnal. Le bon missionnaire y confessa jusqu'à minuit. Le lendemain matin tous communièrent. Plusieurs raisons poussaient les soldats à s'empresser de profiter de la visite de ce missionnaire pour remplir leurs devoirs religieux. D'abord, c'était la première occasion qui s'offrait et personne ne pouvait dire combien de temps ils seraient sans en trouver une pareille. Ensuite, pendant les premiers jours de leur vie de garnison ils avaient été attaqués à quatre reprises différentes. La première a été rappelée pins haut. La seconde eut lieu pendant la nuit du 10 de mai; la troisième le 13 et la dernière vers le 18. L'attaque du 13 fut la plus sérieuse. La nuit était très-sombre. Le soldat Savard montait son quart lorsque tout-à-coup une balle lui siffla à l'oreille; il donna aussitôt l'alarme et pendant que la garnison se mettait en état, de défense une seconde balle, venant d'une autre direction, traversa la palissade et siffla à l'oreille du soldat Deslauriers qui faisait sa ronde dans un autre poste; comme dans les attaques précédentes, les soldats firent preuve de beaucoup de sang-froid. Les soldats passèrent le reste de la nuit sous les armes. Plusieurs patrouilles furent faites, mais sans résultat à cause de la grande obscurité. Le lendemain matin on découvrit les traces des assaillants et le point d'attaque. Quant au nombre il était difficile de s'en assurer. Ils avaient campé au bord d'un petit lac à environ deux milles du Fort, et deux des leurs s'étaient avancés jusqu'à un fossé, qui avait été creusé depuis plusieurs mois pour égoutter les terres, à une soixantaine de verges seulement du camp et avaient fait feu sur la garde. Lors de la dernière attaque les Sauvages volèrent quatre chevaux qui paissaient dans un champ voisin du fort. Le lendemain, le capitaine envoya une bande d'éclaireurs sous le commandement du Lieut. Dunn de la police à cheval d'Alberta et, le même soir, ils ramenèrent au camp les chevaux volés plus deux autres qu'on avait trouvés à une douzaine de milles au sud. Quant aux voleurs, ils étaient disparus. L'interprète sauvage à qui appartenaient les chevaux volés hérita des deux autres, car leur propriétaire ne vint jamais les réclamer.

Quelques jours plus tard, la ligne télégraphique d'Edmonton était terminée. La construction de cette ligne avait été ordonnée par le Major-Général Strange avant son départ d'Edmonton. Les travaux en avaient été poussés avec activité. Le chef de l'expédition était un M. Parker. Il était opérateur employé spécialement par le département de la milice. C'était un de ces rares Anglais qui ont su s'attirer l'estime des volontaires. Il était fils d'un ministre protestant de Londres. Il était venu s'installer à Battleford: quelques années passées, et avait au moment de l'insurrection au delà de $4.000 de marchandises dans son établissement. Son stock consistait en pelleteries et en collections recueillies depuis plusieurs années et qu'il se proposait d'envoyer au musée Royal de Londres. Les insurgés dévalisèrent son magasin et détruisirent tout. Les soldats aidèrent à la construction de la ligne. Le 23 de mai tout était terminé et la ligne fonctionnait. M. Parker s'établit dans la maison de l'interprète et y resta jusqu'au 23 de juin quand il remonta à Edmonton avec le Capt. Ethier.

Le lendemain de la complétion de la ligne, anniversaire du jour de la naissance de la reine, il y eut grande parade. Dans l'après-midi, le capitaine reçut, par dépêche secrète, la nouvelle d'une rencontre du bataillon droit du 65e où ce dernier avait perdu cinquante hommes. On ne donnait la nouvelle que comme rumeur. Heureusement que, plus tard, les événements la démentirent. Le 25 de mai, le capitaine recevait ordre de faire réparer le pont de la rivière du Calumet situé à trois milles au nord. Il se rendit sur les lieux et, voyant que ses hommes n'étaient pas en nombre suffisant pour faire ce travail, il fit venir d'Edmonton une bande d'ouvriers qui exécutèrent à la lettre le but de leur mission.

Vers ce temps-là, le commandant à Edmonton autorisa le capitaine à engager quatre Sauvages de la réserve de la Côte de l'Ours pour servir d'éclaireurs. Il choisit quatre hommes sûrs, recommandés par le chef Peau d'Hermine, et pendant dix jours ils remplirent leur devoir à la lettre et furent bien remerciés par les autorités.

Le 31 de mai le capitaine Ethier reçut ordre du colonel de se rendre à l'établissement métis de Laboucane, (autrement, dit St. Thomas de Duhamel, au nom de Mgr Duhamel,) avec mission d'apaiser les esprits excités de la population de cet établissement métis et d'essayer de ramener les vingt familles qui étaient allées rejoindre les rebelles.

Le lendemain, le capitaine Cunningham et le lieutenant Bellerose du bataillon des volontaires métis de St. Albert arrivèrent au Fort Ethier. Ils avaient mission d'accompagner le Capt. Ethier jusqu'à Laboucane. Les trois officiers se mirent immédiatement en route. Ils arrivèrent au but, de leur voyage vers minuit, le même soir. Ils se rendirent tout de suite, à la maison d'Elzéar Laboucane, chef de cet établissement.

Elzéar Laboucane est un vrai métis. Il y a quelques années, lui et ses frères passaient pour des chefs valeureux dans les expéditions pour la chasse aux buffles. Quand ce métier cessa de payer, vers 1879, il résolut de s'établir sur les rives de la rivière Bataille et décida presque tous ses compagnons à fonder un village ou settlement en cet, endroit. Bientôt d'autres chasseurs aussi malheureux vinrent augmenter la population de la colonie. On s'adonna alors à la culture de la terre. Aujourd'hui la colonie comprend soixante familles établies sur les deux rives de la rivière Bataille. La famille Laboucane, la première arrivée et fondatrice de ce village qui porte encore son nom, est sans contredit la plus riche des familles métisses du district. La fortune d'Elzéar est évaluée à près de $30,000. Il est peut-être le seul qui ait osé faire concurrence au commerce de la compagnie de la Baie d'Hudson, lors des réunions annuelles des tribus de ce district, aux Buttes de la Paix, pour recevoir le traité du gouvernement, et il en retire de grands bénéfices. Quand le capitaine Ethier descendit chez lui, il était absent, étant occupé à conduire un train de transports qu'il avait mis au service du gouvernement et qui lui rapportait une couple de cent piastres par jour. Son épouse et ses deux filles, demoiselles bien élevées et d'un esprit peu commun, firent aux visiteurs les honneurs de la maison et les reçurent avec une hospitalité toute française. Le lendemain matin, la nouvelle de l'arrivée des militaires était répandue par toute la colonie, et, cependant, les principaux habitants, au nombre de seize, se réunissaient chez Laboucane.

C'étaient le R. P. Beilleverre, missionnaire, MM. Pierre St. Germain père, Pierre Descheneau, Joseph Gouin, Chs. St. Germain fils, Laurent Salois, Jos. Paquet, Louison Nepissingue, Roger Nepissingue fils, Félix Blangnon, Jos. St. Germain fils, Jérôme Laboucane, Edouard Paré, Augustin Hamelin, J.-Bte Tourangeau et Alex. Piscimwop.

Le capitaine Ethier leur expliqua le but de sa mission, et leur parla longuement en français et en Anglais; le Capt. Cunningham traduisait en cris les paroles du Capt. Ethier. Ce dernier leur assura qu'ils ne couraient aucun danger à rester sur leurs terres, et que les troupes du Gouvernement, loin de les venir déranger, les défendraient même contre les insurgés, si ceux-ci voulaient les forcer de se joindre à eux. Tous les métis parurent satisfaits de ces explications. On envoya des courriers ramener les fugitifs, et, le lendemain, les trois officiers partaient, accompagnés de plusieurs colons et du R, P. missionnaire.