65e bataillon, sur vous est tombé le premier choix d'entre tous les bataillons de la province de Québec! La patrie comptait sur vous et ses espérances n'ont pas été déçues!

Le pays vous a constamment suivi des yeux. Votre souvenir a toujours été présent à l'esprit de vos amis, à travers vos longues marches, tantôt; en butte à un froid sibérien, tantôt sous les rayons d'un soleil d'Afrique.

Vos souffrances morales et physiques de toutes sortes (mal couchés, souvent mal nourris, à peine vêtus, sans pain, sans souliers, couchant sur la dure), vous avez tout souffert, tout bravé! Que de marches, de contremarches, que de milles parcourus en tous sens, et la nuit, et le jour, mais grâce à Dieu, vous nous revenez couverts de gloire......... Vous nous revenez, la joie, l'orgueil et l'honneur de Montréal. (Applaudissements frénétiques.)

Oui, soldats du 65e bataillon, vous nous revenez couverts de gloire......... et c'est avec un légitime orgueil que nous contemplons vos figures basanées, les nobles débris d'uniformes qui vous couvrent à peine, mais qui font votre gloire........ vos visages bronzés, vos visages de vétérans! ah! mais c'est que vous n'avez pas joué au soldat (hourras frénétiques!)

Oui! vous nous revenez glorieux et vainqueurs.

Tous avez reçu le baptême du feu... Vous avez reçu le baptême du sang... Vous avez reçu le baptême des privations et des souffrances de toutes sortes. Vous avez même reçu le baptême de la médisance et de la calomnie la plus atroce... Attaqués dans votre honneur de gentilshommes, de Canadiens, de soldats, par cette sale et dégoûtante feuille de choux, cultivée, fumée, arrosée par ce grand Prêtre de la calomnie, le fameux Sheppard de Toronto; vous nous revenez vainqueurs et vous avez prouvé à tout le pays que comme patriotes, gentilshommes et soldats, vous n'aviez ni supérieurs, ni maîtres dans toute la milice du Canada. (longs applaudissements.)

Aussi avec quelle joie lisions-nous le récit de vos hauts faits dans le Nord-Ouest, avec quel orgueil lisions-nous les belles paroles que votre commandant, le général Strange, nous adressait après vos actions d'éclat. Nous avons tous lu avec joie ce que le général Strange écrivait de vous à un de ses amis intimes, il n'y a que quelques jours.

Nos coeurs ont battu à briser nos poitrines en lisant des pages comme celle-ci: "Quand le canon, cette voix de fer, ce dernier argument de la civilisation armée, eut fait répercuter pour la première fois les échos endormis de la solitude des, sombres régions du Nord-Ouest, nos braves soldats du 65e bataillon se sont élancés sur l'ennemi—les marais, les sombres forêts, les broussailles presqu'impénétrables, n'arrêtaient pas leur impétuosité—et comme les chevaux qui traînaient le canon se trouvaient souvent embourbés, envasés jusqu'aux oreilles, my plucky French Canadians s'attelant au canon font sortir de cette impasse chevaux, canon et tout ce qui s'en suit, le tout avec cette agilité, cet élan français qui distingue nos Canadiens-Français." (Applaudissements.)

Puis encore les paragraphes suivants:

"Le véritable esprit militaire des anciens coureurs des bois, la milice de Montcalm, des voltigeurs de Salaberry semble aussi vivace que jamais dans le coeur de nos Canadiens-Français. Nous avons bivouaqué sous nos armes... nous étions sans feu... le 65e bataillon était pour le moment sans capotes (en parlant de la poursuite contre Gros Ours). Les soldats du 65e bataillion n'avaient pas pris de vivres avec eux lorsque le matin ils débarquaient de leurs bateaux pour s'élancer au pas redoublé là où le devoir les appelait. Nous partageâmes nos rations avec eux."