Le lendemain 28 juillet, continuation de la navigation sur la Petchora. A 10 kilomètres d'Oust-Ilytch, on rencontre le hameau de Laga. Population: 25 à 30 habitants. Sur la distance de 127 kilomètres qui sépare Oust-Pojeg de Troïtskoïé, Porog, Oust-Ilytch et Laga sont les seules localités habitées, et le chiffre des indigènes ne dépasse pas 230. A droite et à gauche de la Petchora, c'est la solitude sur des centaines de kilomètres.
Tchioume zyriane.
Dans la journée nous rencontrons des faucheurs zyrianes. Pour augmenter leur provision de fourrage ils sont venus faner une clairière ici, à plus de 15 kilomètres de leur habitation. Les indigènes connaissent tous les bouts de prairies naturelles épars au milieu des bois et n'ont garde de perdre leur produit.
Aujourd'hui point de soleil. La forêt de pins a un air de cimetière. Pendant dix heures nous naviguons dans une tristesse oppressante; le soir, les lourds nuages s'étirent en longues banderoles et un ciel pur apparaît rempli d'une lumière mourante. Plus de vent, plus de clapotement d'eau; dans ce silence agrandi par le vague de la lueur crépusculaire, au fond de l'horizon violet, se dresse une rangée de collines, pareille dans son isolement à une chaîne de montagnes superbes. Sur ces monticules brille comme un phare la coupole dorée d'une église; à la nuit tombante, cette lumière nous guide vers Troïtskoïé (Mouïlva en zyriane), où se termine notre étape.
Dans ce désert, Troïtskoïé passe pour une capitale, c'est un siélo, c'est-à-dire un village paroissial[114], et le chef-lieu d'un volost, circonscription correspondant à peu près à notre canton.
[114] Les villages sans église sont appelés en russe derevnia.
Le village est divisé en deux parties. Sur la rive droite de la Mouïlva se trouve le faubourg, habité par des dissidents, et de l'autre côté la principale agglomération, formée par les orthodoxes. Les deux quartiers présentent le même désordre: c'est un fouillis de constructions bâties sans plan, au hasard. Les Zyrianes paraissent avoir l'horreur des alignements, si chers aux Russes.
Troïtskoïé Petchorskoïé (Mouïlva).