1. La cause de l'élévation et de la chute des empires. Mais il est d'une grande importance de connaître comment ces empires se sont établis, par quels degrés et par quels moyens ils sont arrivés à ce point de grandeur que nous admirons, ce qui a fait leur solide gloire et leur véritable bonheur, et quelles ont été les causes de leur décadence et de leur chute.
Le génie et le caractère des peuples et des grands hommes: Il n'est pas moins important d'étudier avec soin les mœurs des peuples, leur génie, leurs lois, leurs usages, leurs coutumes; et sur-tout de bien remarquer le caractère, les talents, les vertus, les vices même de ceux qui les ont gouvernés, et qui, par leurs bonnes ou mauvaises qualités, ont contribué à l'élévation ou à l'abaissement des États qui les ont eus pour conducteurs et pour maîtres.
Voilà les grands objets que nous présente l'Histoire Ancienne, en faisant passer comme en revue devant nous tous les royaumes et tous les empires de l'univers, et en même temps tous les grands hommes qui s'y sont distingués de quelque manière que ce soit, et en nous instruisant, moins par des leçons que par des exemples, sur tout ce qui regarde l'art de régner, la science de la guerre, les principes du gouvernement, les règles de la politique, les maximes de la société civile et de la conduite de la vie pour tous les âges et pour toutes les conditions.
3. L'origine et le progrès des arts et des sciences. On y apprend aussi, et ce ne doit point être une chose indifférente pour quiconque a du goût et de la disposition pour les belles connaissances; on y apprend comment les sciences et les arts ont été inventés, cultivés, perfectionnés; on y reconnaît, et l'on y suit comme de l'œil, leur origine et leurs progrès; et l'on voit avec admiration que plus on s'approche des lieux où les enfants de Noé ont vécu, plus on y trouve les sciences et les arts dans leur perfection: au lieu qu'ils paraissent oubliés ou négligés à proportion que les peuples en ont été dans un plus grand éloignement; de sorte que quand on a voulu les rétablir, il a fallu remonter à l'origine d'où ils étaient partis.
Je ne fais que montrer légèrement tous ces objets, quelque importants qu'ils soient, parce que je les ai traités ailleurs [3] avec étendue.
[Note 3: ][ (retour) ] Second volume de la Manière d'étudier.
4. Observer principalement ce qui a rapport à la religion. Mais un autre objet, infiniment plus intéressant, doit attirer notre attention. Car quoique l'histoire profane ne nous parle que de peuples abandonnés à toutes les folies d'un culte superstitieux, et livrés à tous les déréglements dont la nature humaine, depuis la chute du premier homme, est devenue capable, elle annonce par-tout la grandeur de Dieu, sa puissance, sa justice, et sur-tout la sagesse admirable avec laquelle sa providence conduit tout l'univers.
Si [4] l'intime conviction de cette dernière vérité élevait, selon la remarque de Cicéron, le peuple romain au-dessus de tous les peuples de la terre, on peut assurer de même que rien ne relève plus l'Histoire au-dessus de beaucoup d'autres connaissances, que d'y trouver empreintes presque à chaque page des traces précieuses et des preuves éclatantes de cette grande vérité, que Dieu dispose de tout en maître souverain; que c'est lui qui fixe et le sort des princes, et la durée des empires; et [5] qu'il transporte les royaumes d'un peuple à un autre pour punir les injustices et les violences qui s'y commettent.
[Note 4: ][ (retour) ] «Pietate ac religione, atque hàc uni sapientiâ quòd Deorum immortalium numine omnia regi gubernarique perspeximus, omnes gentes nationesque superavimus.» (Orat. de Arusp. respons. n. 19.)
[Note 5: ][ (retour) ] «Regnum a gente in gentem transfertur propter injustitias, et injurias, et contumelias, et diversos dolos.» (Eccl. 10, 8.)