Je dois avertir le lecteur de n'être pas surpris s'il rencontre quelquefois parmi les coutumes que je rapporte une espèce de contradiction. Elle vient, ou de la différence des pays et des peuples, qui ne suivaient pas toujours les mêmes usages, ou de la diversité des sentiments de la part des historiens qui me servent de guides.


CHAPITRE PREMIER.

DE CE QUI REGARDE LES ROIS ET LE GOUVERNEMENT.

Les Égyptiens sont les premiers qui aient bien connu les règles du gouvernement. Cette nation grave et sérieuse comprit d'abord que la vraie fin de la politique est de rendre la vie commode et les peuples heureux.

Le royaume était héréditaire; mais, selon Diodore, les rois ne se conduisaient pas en Égypte comme il est Diod. lib. 1 p. 63, etc. assez ordinaire dans les autres monarchies, où le prince ne reconnaît d'autres règles de ses actions que sa volonté et son bon plaisir. Ils étaient obligés plus que les autres à vivre selon les lois. Ils en avaient de particulières qu'un roi avait digérées et qui faisaient une partie de ce que les Égyptiens appelaient les livres sacrés. Ainsi, une coutume ancienne ayant tout réglé, ils ne s'avisaient pas de vivre autrement que leurs ancêtres.

Nul esclave [86], nul étranger n'était admis auprès du prince pour le servir: cet important emploi n'était confié qu'aux personnes les plus distinguées par leur naissance, et qu'à celles qui avaient reçu la plus excellente éducation [87]; afin qu'ayant le privilège d'approcher jour et nuit de sa personne, elles ne lui apprissent jamais rien d'indigne de la majesté royale, et ne lui inspirassent que des sentiments nobles et généreux; car, ajoute Diodore, il est rare que les rois se portent à des excès vicieux, s'ils ne trouvent dans ceux qui les approchent des approbateurs de leur dérèglement, et des ministres de leurs passions.

[Note 86: ][ (retour) ] Le texte dit: nul esclave acheté, ou né à la maison.--L.

[Note 87: ][ (retour) ] Le texte dit: aux fils des prêtres les plus distingués: ils devaient avoir dépassé 20 ans, et être les mieux élevés de tous ceux de leur caste.--L.

Les rois d'Égypte souffraient sans peine, non-seulement que la qualité des viandes et la mesure du boire et du manger leur fussent marquées (car c'était une chose ordinaire en Égypte, où tout le monde était sobre, et où l'air du pays inspirait la frugalité), mais encore que toutes leurs heures et presque toutes leurs actions fussent réglées par la loi.