Ils ne faisaient pas grand cas ni de cette partie de la gymnastique ou palestre, qui ne tendait point à procurer au corps une force solide et une santé robuste [109]; ni de la musique, qu'ils regardaient comme une occupation non-seulement inutile, mais dangereuse, et propre seulement à amollir les esprits [110].

[Note 109: ][ (retour) ] Τἠν δὲ µουσικὴν νοµίζουσιν οὐ µόνον ἄχρησον ὑπαρχειν, ἀλλὰ καὶ ßλαßερὰν, ὡς ἂν ἐκθηλύνουσαν τἀς τῶν ἀνδρῶν ψυχάς.. [Diod. 1, § 81.]

[Note 110: ][ (retour) ] «Il faut entendre de même ce que cet auteur (Diodore de Sicile), dit touchant la musique. Celle qu'il fait mépriser aux Égyptiens, comme capable de ramollir les courages, était sans doute cette musique molle et efféminée qui n'inspire que les plaisirs et une fausse tendresse; car, pour cette musique généreuse dont les nobles accords élèvent l'esprit et le cœur, les Égyptiens n'avaient garde de la mépriser, puisque, selon Diodore même, leur Mercure l'avait inventée, et avait aussi inventé le plus grave des instruments de musique. Dans la procession solennelle des Égyptiens, où l'on portait en cérémonie le livre de Trismégiste, on voit marcher à la tête le chantre tenant en main un symbole de la musique (je ne sais pas ce que c'est), et le livre des hymnes sacrés.» Cette excellente observation de Bossuet modifie suffisamment ce que l'assertion de Rollin pouvait présenter de fautif.--L.


CHAPITRE V

DES LABOUREURS, DES PASTEURS, DES ARTISANS.

Diod. l. 1, pag. 67, 68. Les laboureurs, les pasteurs, les artisans, qui formaient les trois conditions du bas étage en Égypte, ne laissaient pas d'y être fort estimés, surtout les laboureurs et les pasteurs. Il fallait qu'il y eût des emplois et des personnes plus considérables, comme il faut qu'il y ait des yeux dans le corps; mais leur éclat ne fait pas mépriser les bras, les mains, les jambes, ni les parties les plus basses. Ainsi, parmi les Égyptiens, les prêtres, les soldats, les savants, avaient des marques d'honneur particulières; mais tous les métiers, jusqu'aux moindres, étaient en estime, parce qu'on ne croyait pas pouvoir sans crime mépriser des citoyens dont les travaux, quels qu'ils fussent, contribuaient au bien public.

Une autre raison supérieure leur avait pu d'abord inspirer ces sentiments d'équité et de modération, qu'ils conservèrent long-temps. Comme ils descendaient tous d'un même père, qui était Cham, le souvenir de cette origine commune, encore récente, étant présent à l'esprit de tous dans les premiers siècles, établit parmi eux une espèce d'égalité qui leur faisait dire que toute l'Égypte était noble. En effet la différence des conditions, et le mépris qu'on fait de celles qui paraissent les plus basses, ne vient que de l'éloignement de la tige commune, qui fait oublier que le dernier des roturiers, si l'on veut remonter à la source, descend d'une famille aussi noble que les plus grands seigneurs.

Quoi qu'il en soit, en Égypte nulle profession n'était regardée comme basse et sordide. Par ce moyen tous les arts venaient à leur perfection. L'honneur, qui les nourrit, se mêlait partout. La loi assignait à chacun son emploi, qui se perpétuait de père en fils. On ne pouvait ni en avoir deux, ni changer de profession. On faisait mieux ce qu'on avait toujours vu faire, et à quoi on s'était uniquement exercé dès son enfance; et chacun, ajoutant sa propre expérience à celle de ses ancêtres, avait bien plus de facilité à exceller dans son art. D'ailleurs cette coutume salutaire, établie anciennement dans la nation et dans le pays, éteignait toute ambition mal entendue, et faisait que chacun demeurait content dans son état, sans aspirer, par des vues d'intérêt, de vanité ou de légèreté, à un plus haut rang.