—Finissez d’entrer, père Villard, ma femme lave la lessive par ce temps.

Il approcha de la cheminée sans feu, une chaise qui branlait sur la terre battue. Il tourna vers le vieux Villard une tête de rousseau, déjà grisonnante:

—Qu’est-ce qui vous amène? demanda-t-il, l’œil mi-clos.

—Mon gars, dit Villard, en appelant toutes ses forces, tu sais bien le malheur qui nous est tombé dessus ... On n’est plus assez à la Genette. Et ça me fait deuil de laisser la terre sans soins et besognes. A cette heure, il y a plus beaucoup de bras pour l’ouvrage. Tu me ferais plaisir, mon ami, si tu venais à la maison pour nous aider. Je te baillerais cent vingt pistoles et un habit neuf avec une paire de souliers. Ma bru peut quasiment plus bouger tant ça l’a mise en chagrin, la mort de mon pauvre garçon. Tu l’as connu; il était bon et vaillant.

—Oh! pour ça, oui! un bon homme. Mais j’aime mieux vous le dire tout de suite, je peux point venir chez vous. Courteux m’embauche à belle année, à cause qu’il a son bien de la Grangerie et aussi le bien de ceux qui peuvent point le faire.

Ayant dit ces mots, il considéra avec attention les chenets comme s’il les voyait pour la première fois.

Le père Villard trouva alors des paroles de bonne amitié, rappela qu’il avait été, dans le temps, bien satisfait de la besogne de Desforgues. Ce fut inutile. En se levant de sa chaise pour revenir à son jardin, il déclara, sur un ton qui blessa Villard:

—Ah! pauvre vieux! Pas de chance, appelle pas de chance! Si mes enfants n’étaient pas tous à la ville, je vous en aurais laissé un pour vous tirer de peine. Mais moi, je peux point mécontenter Courteux qu’il faut pas faire enrager, car il est point commode.

Villard prit son bâton qu’il avait posé près de la porte. Et tout raidi, il s’en alla en disant:

—C’est comme tu voudras, mon gars. Je m’arrangerai ailleurs.