Aimée, les yeux baissés, disait dans son cœur:
—Père, j’ai fait ce que j’ai pu ... Tu as vu que j’ai travaillé de mon mieux. Martial, tu le sais, est un bon jeune homme; avec lui, je serai heureuse et la terre ne souffrira pas.
Puis les Villard allèrent prier sur la tombe des Queyroix, un ancien granit en forme de bière, creusé, dans le haut, en coupe.
Les Villard et les Queyroix s’en retournèrent chez eux, approuvés et fortifiés par leurs défunts.
XXXI
Il faisait nuit quand Aimée entendit tinter le premier glas du 2 novembre. Les petits dormaient; mais voici qu’elle ouvrait grands ses yeux et que son cœur écoutait. De minute en minute, les coups touchaient le toit de la maison, assourdis par l’éloignement.
Puis les cloches s’ébranlèrent et sonnèrent à grande volée. Dans les ténèbres passait le long battement de l’airain exorcisé; parfois le vent l’étouffait, mais il revenait, sortant des abîmes de l’air.
Aimée accoudée sur l’oreiller, écoutait toujours et une lumière intérieure l’éclairait. Elle entendit dans la cuisine un bruit de pas; elle ouvrit à demi la porte. Sa mère était levée et semblait vivre dans un rêve, tandis qu’elle couvrait d’une nappe blanche la table où elle posa la tourte de pain, une bouteille de vin et du salé dans un plat de faïence[C]. La lampe faisant dans la salle une faible lumière, la mère Villard s’immobilisait près de la table en joignant les mains, comme en attente. Elle resta quelque temps ainsi, debout; des larmes roulaient de ses yeux et ses lèvres remuaient dans une prière silencieuse. Enfin, elle souffla la lampe et se coucha. Les cloches s’étant apaisées, on n’entendait plus que le souffle du vent, au dehors, dans la campagne. Et les coqs annonçaient que le jour blanchissait le ciel.
FIN
IMPRIMERIE FRANÇAISE DE L’ÉDITION, 12, RUE DE L’ABBÉ DE L’ÉPÉE.—PARIS Vᵉ
NOTES: