Jacques Chabane souffrait d’assister à cette beuverie. Il s’approcha de Claude et sur un ton bien contenu, il lui dit :

— Aimant le peuple, vous le ravalez…

Claude tourna le dos à l’audacieux, et il se promettait en d’autres jours de le ramener dans le chemin qu’il n’eût pas dû quitter. Des chansons grasses naquirent ; gros refrains, boutades paillardes. Jacques Chabane se tenait à l’écart, les bras croisés, près de son père qui n’avait pas voulu boire plus que de raison.

Claude s’écria :

— Qu’il ne reste plus de ce bon vin !

Il se divertissait de voir ces gens, qui étaient si résolus, osciller, maintenant et s’amollir ridiculement. Sylvie parut à la fenêtre ; on la salua de bravos et un vieux homme, Thomas Jacquier, lui envoya des baisers en se balançant sur des jambes faibles. Jacques Chabane menaça de le battre :

— Elle est si mignonne qu’un petit pigeon, répétait l’homme.

Il continua de plus belle, car Sylvie riait. Il y eut soudain une bataille autour du tonneau à moitié vide. Thomas Jacquier y plongea son chapeau crasseux ; du feutre percé, le vin pleuvait comme de la pomme d’un arrosoir. On frappa le vilain qui ne sentait pas les coups, tant il était ivre. Jacques Chabane dut le protéger et, plein de dégoût, il renversa du pied le tonneau dont le vin roula sur le pavé de la cour. A son tour, il fut assailli, mais son père vint à son aide. Un luron chanta à tue-tête un air de route qui poussait au départ.

Alors, Claude d’Argé dit à Jacques Chabane :

— C’est donc ce peuple que vous appelez à se gouverner ?