Ha, le petit, ha, le petiot !
Dans le château passait le souffle qui porte la fleur de vie. Claude, à genoux au chevet du lit, murmura, tandis que les suivantes et les commères sortaient à pas étouffés :
— Amour, vous avez souffert et je n’étais pas là…
Elle répondit, tournant vers lui sa mignonne figure pâlie :
— Le ciel m’a aidé, mon bien-aimé ; en ce temps furieux, la vie survient sans crier gare.
Alors, il embrassa Jeanne Cabiaud, humble femme desséchée par quarante années de dévouement ; et, penché sur son enfant, il pria Dieu de le garder. Et il s’émerveillait dans le nouveau tremblement de son cœur.
Quelques jours après la naissance de l’enfant, le curé Broussel le baptisa dans l’église de Bonnal. Le comte d’Argé écrivit de Paris qu’il ne pouvait, à cause des troubles, traverser la province pour embrasser son petit-fils, qu’il bénissait malgré l’éloignement.
Jeanne Cabiaud porta l’enfant et s’arrêta un moment sur le seuil de l’église, selon les rites. Peu de parents l’entouraient. Le parrain était le comte Anselme de Montval, ancien colonel au régiment de chasseurs à cheval de Franche-Comté, chevalier de Saint-Louis ; la marraine, tante de Sylvie à la mode de Bretagne, marquise de Charvigny. L’enfant allait s’appeler Paul-Marie-Gabriel. L’église était ornée de guirlandes de fleurs et magnifiquement illuminée. Le curé Broussel, revêtu de l’étole violette, reçut le nouveau-né, mais arrivé aux fonts, il prit l’étole blanche en signe de joie, et il prononça les paroles d’introduction :
— Éloigne-toi, esprit immonde, de cette image de Dieu et cède la place au Dieu vivant et véritable.
Ayant délivré Marie-Gabriel, par le baptême, il présenta le cierge allumé et, s’approchant de l’autel, il posa sur la tête de l’enfant son étole blanche en récitant l’évangile de saint Jean : In principio… La cérémonie achevée, il rappela que, s’il mourait, il verrait Dieu.