Elle l’aperçut enfin, dans l’ombre, où son pauvre visage faisait une tache blanche. Il se mit à sangloter plus fort, racontant comment on l’avait attaqué. Claire ne pouvait parler, suffoquée de grand chagrin, mais elle l’emporta dans ses bras en hâte, et, si elle avait parlé, elle serait tombée sans pouvoir se relever. Elle entra en le pressant contre elle dans la salle des Ages, et, tout de suite, elle lava sa figure, étancha le sang avec de l’eau de lavande, prépara le lit où elle le coucha. Tous les deux, ils gardaient le silence; et elle ne voulait pas pleurer de peur de lui faire plus de mal. Enfin elle dit, refoulant durement ses sanglots, un feu de douleur obscure:

—Ta maman est bonne, Simon. Toujours elle a été bonne. Le monde est méchant. Dors tranquille, mignon. Je suis là , près de toi.

Et, penchée à son chevet, elle baissa la mèche de la lampe pour que l’ombre le caressât et l’endormît.

IX

Claire ne voulut pas que Simon revînt à l’école de Bonnal avant que M. Salvat eût puni ses persécuteurs. Revêtue de sa belle robe des dimanches, elle prit le chemin du bourg, tremblante d’indignation. Elle qui était si paisible, si tendre, une grande colère lui faisait presser le pas. Elle aurait donné son sang pour que son petit n’eût pas subi ces injures. Les élèves allaient entrer en classe, quand elle se présenta à l’instituteur. A voix haute, elle dit sa douleur et son mépris. M. Salvat lui promit de veiller sur Simon et de donner une sévère leçon à des enfants tout pleins d’animalité. Il fit l’éloge de Simon et demanda à Claire de le laisser sans retard revenir en classe. Elle pouvait s’en aller tranquille. Mais elle aperçut Léonard Rutaud:

—Coquin, si tu fais le moindre mal à Simon, je te corrigerai de mes mains.

Il s’enfuit au fond de la cour, car il sentait qu’elle était prête à le battre; il avait vu dans ses yeux brûler une sourde fureur. Elle s’en alla en hâte, n’étant plus maîtresse d’elle-même. Avant de regagner les Ages, elle entra dans l’épicerie de la mère Rutaud:

—Votre garçon est un coquin. Je n’achèterai plus rien chez vous. Et ne comptez pas que je vous fasse porter les légumes que vous avez commandés.

La femme, qui était assise devant une petite table où elle pesait du tabac à priser, releva sa figure grise et gronda:

—Il me donne du fil à retordre. Mais ne lâchez pas vos paroles comme ça. Ce Simon vous donne bien assez d’argent à gagner. Vous devriez être de bonne humeur. Je blâme mon garçon, il en est qui ne valent pas mieux que lui.