Claire parut s’assoupir; son souffle devenait moins rude. Parfois elle ouvrait les yeux et se tournait vers sa belle-sœur. Louise bouleversée soupirait près d’elle:

—Je ne vous quitterai plus.

Elle regardait le portrait du capitaine Lautier et elle découvrait confusément l’abîme de son péché; elle tremblait en murmurant: «Mon Dieu... Mon Dieu...»

Des heures passèrent. Entre les volets disjoints le jour pâlit et s’effaça. Louise étendit sur le lit un drap blanc pour recevoir Celui qui est la lumière et la vie. Jacquier avait coupé des branches de houx et de genièvre, afin de parer la chambre, selon la coutume.

Vers les huit heures de relevée, la clochette de l’enfant de chœur tinta. L’abbé Remier parut à la porte. Claire appuyait ses mains jointes sur le drap et elle tendait la tête, toute brûlante de la soif de Dieu. Elle communia. Louise, à genoux, murmurait: «Seigneur, je ne suis pas digne...»

Quand l’abbé eut quitté cette chambre où passait déjà le souffle mystérieux qui détache l’âme, Claire garda ses doigts unis pour la dernière prière.

Louise se leva avec peine et recommanda à Jeannette d’empêcher l’enfant d’entrer dans la chambre. Elle s’agenouilla de nouveau au chevet du lit.

Claire fut prise d’un sursaut; elle appela avec force, tandis que ses regards montaient:

—Mon frère, mon frère...

Sa bouche se détendit, un sourire l’éclaira. Et le voile de la paix éternelle glissa sur le corps où le sang allait s’arrêter. Alors Louise joignit les mains; l’âme quittait la vallée, après avoir fleuri en secret, selon l’humilité et selon l’amour. Elle étouffa ses sanglots, au chevet de la chère dépouille, près de celle qui avait sauvé son enfant et qui la sauvait elle-même. Dans la pénombre, elle regardait avec feu les mains bien-aimées, toujours vigilantes, et recevait le suprême battement du cœur. Une sorte de foudre la déchira. Elle ne pouvait se relever encore pour annoncer la funèbre nouvelle. Mais l’aurore qui ne ment pas naissait dans le silence nocturne.