C'est aux monographies qu'il faut recourir. Nous n'en citerons qu'un petit nombre, choisies parmi les plus lisibles.—Lire, en allemand: K. Weinhold, Die deutschen Frauen in dem Mittelalter, Wien, 1882, 2 vol. in-8º, 2e éd.;—L. Kotelmann, Gesundheitspflege im Mittelalter. Kulturgeschichtliche Studien, nach Predigten, Hamburg, 1890, in-8º;—A. Schultz, Das höfische Leben, Leipzig, 1889, 2 vol. in-8º, 2e éd.—En italien: A. Graf, Miti, leggende e superstizioni del medio evo, Torino, 1892-1895, 2 vol. in-8º;—D. Merlini, Saggio di ricerche sulla satira contra il villano, Torino, 1894, in-16.—En anglais: H. C. Lea, Superstition and force, Philadelphia, 1892, in-8º, 4e éd. (Excellent.).—En français: Ch.-V. Langlois, La société du moyen âge d'après les fableaux, dans la Revue politique et littéraire, août-sept. 1891;—A. Lecoy de la Marche, La chaire française au moyen âge, spécialement au XIIIe siècle, Paris, 1886, in-8º 2e éd.;—le même, La société au XIIIe siècle, Paris, 1880, in-12;—E. Sayous, La France de saint Louis d'après la poésie nationale, Paris, 1866, in-8º;—E. Berger, Thomæ Cantipratensis (Thomas de Cantimpré) «Bonum universale de apibus» quid illustrandis sæc. XIII moribus conferat, Paris, 1895, in-8º;—G. Paris, Les cours d'amour du moyen âge (d'après le livre, en danois, de E. Trojel) dans le Journal des Savants, 1888;—U. Robert, Les signes d'infamie au moyen âge, Paris, 1891, in-12.
L'histoire de l'art militaire et de la tactique a été fort étudiée. Les principaux ouvrages sont ceux de E. Boutaric (Institutions militaires de la France, Paris, 1863, in-8º), de H. Delpech (La tactique militaire au XIIIe siècle, Paris, 1885, 2 vol. in-8º) et de M. le général Koehler, Geschichte des Kriegswesens in der Ritterzeit, I, Leipzig, 1886, in-8º.—Consulter au surplus la Bibliographie spéciale de J. Pohler, Bibliotheca historico-militaris, Cassel, 1887 et s., 3 vol. in-8º.
L'histoire du droit privé est une province particulière de l'histoire de la civilisation où la science est aujourd'hui fort avancée. Il y a beaucoup de Manuels, pourvus d'une abondante bibliographie, dont quelques-uns sont des chefs-d'œuvre, pour l'histoire du droit ecclésiastique (R. Sohm. Kirchenrecht, I, Leipzig, 1892, in-8º;—Ph. Zorn, Lehrbuch des Kirchenrechts, Stuttgart, 1888, in-8º;—E. Löning, Geschichte des deutschen Kirchenrechts, Strassburg, 1878, 2 vol. in-8º;—etc.);—pour l'histoire du droit allemand (A. Brunner, Deutsche Rechtsgeschichte, Leipzig, 1887-1892, 2 vol. in-8º;—R. Schröder, Lehrbuch der deutschen Rechtsgeschichte, Leipzig. 1893, in-8º, 2e éd.);—pour l'histoire du droit anglais (Fr. Pollock et F. W. Maitland, The history of English law before the time of Edward I, Cambridge, 1895, 2 vol. in-8º);—pour l'histoire du droit français (A. Esmein, Cours élémentaire d'histoire du droit français, Paris, 1895, in-8º, 2e éd.;—P. Viollet, Précis de l'histoire du droit français, Paris, 1893, 2e éd.).
I—LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN EUROPE AU XIIe SIÈCLE.
Le domaine littéraire de la France s'étendait, au XIIe siècle, bien au delà des limites du royaume, et, sans parler des provinces limitrophes dont l'histoire se rattache naturellement à la nôtre, notre langue et notre poésie, à la suite de nos armes, avaient conquis en Europe et même au delà de vastes possessions.
La plus belle et la plus importante pour l'histoire littéraire, c'est l'Angleterre. Pendant tout le XIIe siècle, la littérature de l'Angleterre a été la littérature française. Non seulement nos anciens poèmes furent aussi répandus que chez nous dans le pays que les Normands avaient conquis en chantant la chanson de Roland, mais la littérature sérieuse et la poésie courtoise y déployèrent une floraison brillante. J'ai déjà parlé de l'influence considérable exercée par les rois anglais sur les écrivains et les trouveurs de Normandie, de Touraine et d'Anjou; ils en appelèrent plus d'un auprès d'eux, et bientôt sous leur protection et celle de leurs barons se formaient en Angleterre même des romanceurs habiles et nombreux. C'est même en Angleterre que nous trouvons les plus anciennes dates pour l'existence de cette littérature qui s'efforça de vulgariser l'instruction la plus diverse. La reine Aélis de Louvain (1121-1135) apporta sans doute de Brabant à la cour du roi Henri Ier le goût des lettres françaises: dès son couronnement, nous voyons le clerc Benoît mettre pour elle en vers français la vie de saint Brandan, curieuse légende sortie de l'imagination celtique et qu'elle voulut connaître comme un produit de sa nouvelle patrie. C'est en son honneur que Philippe de Thaon, déjà auteur d'un Comput rimé, a composé son Bestiaire. Devenue veuve, elle fit écrire par un poète appelé David, dont l'œuvre est malheureusement perdue, une longue histoire du mari qu'elle pleurait, en forme de chanson de geste. Sous le règne court et agité d'Étienne, nous devons surtout mentionner la grande histoire des rois anglais de Geoffroi Gaimar, dont les poèmes historiques de Wace devaient faire oublier le succès. Mais c'est le règne de Henri II qui fût l'âge d'or des lettres françaises en Angleterre. Ce prince, qui joignait aux talents d'un politique habile et d'un grand roi les qualités les plus brillantes de l'esprit, donna à sa cour un éclat inouï, où la splendeur matérielle était rehaussée par la recherche des plaisirs plus délicats de l'esprit. Il joignait à l'amour de la poésie de pure imagination la curiosité de l'esprit et le goût de l'étude; seulement il était lettré et n'avait pas besoin de se faire lire les livres français et traduire les livres des clercs. Aussi son influence s'exerça-t-elle surtout sur la poésie, dans laquelle il appréciait avant tout les qualités de correction et d'élégance. «J'ai l'avantage, disait Benoît de Sainte-More, de travailler pour un roi qui sait mieux que personne distinguer et apprécier un ouvrage bien fait, bien composé et bien écrit.» Les poètes français les plus distingués, Garnier de Pont-Sainte-Maxence, Marie de France, peut-être Chrétien, venaient en Angleterre écrire ou publier leurs ouvrages; à côté d'eux, des Anglais, comme Thomas, Simon de Fresne, Huon de Rotelande, Jordan Fantôme, d'autres encore, commençaient cette littérature anglo-normande qui devait durer au siècle suivant et ne mourir qu'après avoir suscité et fécondé la véritable littérature anglaise. A côté des romans de la Table Ronde, où les traditions celtiques, plus ou moins altérées, reçurent la forme romane, une mention spéciale est due aux poèmes intéressants composés en Angleterre, dans lesquels la poésie et l'histoire des Anglo-Saxons ont passé en vers français et ont ainsi été arrachées à l'oubli. J'ai parlé déjà de Geoffroi Gaimar, qui travaillait sur des sources en partie saxonnes; la poésie est représentée par les beaux romans de Horn, d'Aerolf, de Havelok, de Waldef. Les Normands d'Angleterre jouèrent entre les Bretons et Saxons insulaires et le reste de l'Europe, par l'intermédiaire de la langue française, un rôle d'interprètes qui, dans l'histoire comparée des littératures, a une importance capitale.
Ce n'était pas seulement en Angleterre que les Français avaient porté leur langue avec leur puissance. Le sud de l'Italie et la Sicile avaient aussi pour rois des Normands, et là aussi la littérature française retrouva une patrie. Les descendants de Tancré de Hauteville aimèrent les plaisirs de l'esprit comme les descendants de Guillaume le Bâtard; l'un d'eux, Guillaume le Bon, gendre de Henri II d'Angleterre, était lettré comme lui et réunissait également une cour brillante. Le sort qui nous a conservé l'ensemble de la littérature anglo-normande nous a ravi en majeure partie celle des Normands d'Italie; cependant on peut leur attribuer avec certitude une grande part dans le cycle épique de Guillaume «au court nez», et nous avons gardé quelques traductions de livres historiques faites chez eux, un peu après notre période, dans un dialecte fortement italianisé. La poésie lyrique, qui brilla peu en Angleterre, paraît au contraire avoir fleuri en Sicile, et elle y détermina peut-être, au XIIIe siècle, autant que la poésie provençale, l'éclosion de la poésie italienne.