Les annales de l'empire carolingien ont été dressées avec le plus grand soin, dans la collection des Jahrbücher der deutschen Geschichte, par S. Abel et B. Simson (Jahrb. des fränkischen Reichs unter Karl dem Grossen, t. I, Leipzig, 1888, 2e éd.; t. II, Leipzig, 1883, in-8º) pour le règne de Charlemagne;—par B. Simson (Jahrb. d. fr. R. unter Ludwig dem Frommen, Leipzig, 1874-1876, 2 vol. in-8º) pour le règne de Louis le Pieux;—par E. Dümmler (Geschichte des ostfränkischen Reichs, Leipzig, 1887-1888, 3 vol. in-8º) jusqu'en 840 pour tout l'Empire et jusqu'en 918 pour l'Allemagne seulement.—Pour l'histoire des derniers Carolingiens en France, voir les travaux des élèves de M. A. Giry: E. Favre (Eudes, comte de Paris et roi de France, 882-898, Paris, 1893, in-8º);—F. Lot (Les derniers Carolingiens, 954-991, Paris, 1891, in-8º).—Pour l'histoire des Carolingiens d'Allemagne, v. la Bibliographie du ch. VIII.

Les excellents ouvrages que nous venons d'énumérer sont d'une érudition ardue. On regrette que les livres de vulgarisation sur l'histoire générale de l'empire carolingien soient, presque tous, vieillis ou médiocres. Nous ne saurions recommander ni l'Histoire des Carolingiens de MM. Warnkönig et Gérard (Bruxelles, 1862, 2 vol. in-8º), ni le Charlemagne de M. Vétault (Tours, 1880, in-4º, 2e éd.). Voir H. Brosien, Karl der Grosse, Leipzig, 1885, in-8º, et la Deutsche Geschichte unter den Karolingern de E. Mühlbacher, dans la Bibliothek deutscher Geschichte, publiée à Stuttgart.—Parmi les monographies, celles de A. Himly (Wala et Louis le Débonnaire, Paris, 1849, in-8º) et de E. Bourgeois (Le Capitulaire de Kiersy-sur-Oise, 878. Étude sur l'état et le régime politique de la société carolingienne, Paris, 1885, in-8º) sont estimées.

Les institutions de l'époque carolingienne ont été fort étudiées. Les traités généraux, en français, sont: celui de J.-H. Lehuërou (Histoire des institutions carlovingiennes, Paris, 1843, in-8º), l'ouvrage posthume, inachevé, de Fustel de Coulanges (Les transformations de la royauté pendant l'époque carolingienne, Paris, 1892, in-8º); on sait (ci-dessus, p. 45) que M. Ch. Bayet prépare un Manuel des institutions françaises. Période mérovingienne et carolingienne. Voir aussi le Manuel précité (p. 44) de H. P. Viollet.—Cf., en allemand, G. Waitz, Die karolingische Zeit, t. III et IV de sa Deutsche Verfassungsgeschichte, Kiel, 1883-1885, in-8º, 3e éd.

Il n'existe point jusqu'ici de bon ouvrage d'ensemble sur la renaissance carolingienne du IXe siècle, première, et, à quelques égards, admirable résurrection de l'antiquité.—On recommande d'ordinaire les livres de B. Hauréau (Charlemagne et sa cour, Paris, 1877, in-12), de J. Bass Mullinger (The schools of Charles the Great or the restoration of education in the ninth century, London, 1877, in-8º), de K. Werner (Alcuin und sein Jahrhundert, Paderborn, 1881, in-12). Mais le sujet reste à traiter. Toutefois quelques parties en ont été déjà magistralement approfondies.—La littérature des temps carolingiens a été étudiée par A. Ebert (Histoire générale de la littérature en Occident, t. II et III, Paris, 1884-1889, trad. de l'all.), et, mieux encore, par A. Hauck (Kirchengeschichte Deutschlands, t. II, Die Karolingerzeit, Leipzig, 1890, in-8º). M. L. Traube prépare pour le Handbuch d'I. v. Müller une «histoire de la littérature latine au moyen âge», symétrique à l'histoire de la littérature byzantine de K. Krumbacher (ci-dessus, p. 100).—Sur l'art carolingien, voir: F. v. Reber, Der karolingische Palastbau, München, 1891-1892, 2 vol. in-4º; P. Clemen, Merowingische und karolingische Plastik, Bonn, 1892, in-8º; F. Leitschuh, Geschichte der karolingischen Malerei, Berlin, 1894, in-8º.—Sur la réforme de l'écriture et de la décoration des manuscrits, il y a des notions élémentaires dans les Manuels de MM. M. Prou (Manuel de paléographie, Paris, 1892, in-8º, 2e éd., ch. III) et A. Molinier (Les manuscrits, Paris, 1892, in-16); mais ce sujet a été en grande partie renouvelé par les recherches de M. S. Berger (Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âge, Nancy, 1893, in-8º), dont les résultats n'ont pas encore pénétré dans les livres d'enseignement.

Pour l'histoire économique et sociale des temps carolingiens, consulter: A. Longnon, Polyptyque de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, rédigé au temps de l'abbé Irminon, Introduction, Paris, 1895, in-8º;—K. Th. v. Inama-Sternegg, Deutsche Wirthschaftsgeschichte bis zum Schluss der Karolingerperiode, Leipzig, 1879, in-8º;—K. Lamprecht, Étude sur l'état économique de la France pendant la première partie du moyen âge, Paris, 1889, in-8º, trad. de l'all.

La littérature relative aux Normands et aux invasions normandes est très abondante dans les pays scandinaves; mais il n'y a pas encore de bonne histoire générale de ces invasions (on ne se sert plus de celle de G.-B. Depping, Histoire des expéditions maritimes des Normands, Bruxelles, 1844, in-8º). Parmi les monographies: J. Steenstrup, Études préliminaires pour servir à l'histoire des Normands et de leurs invasions, Caen, 1882, in-8º, trad. du danois, extr. du Bull. de la Soc. des Antiquaires de Normandie;—J. J. Worsaae, La civilisation danoise au temps des Vikings, dans les Mémoires de la Soc. des Ant. du Nord, 1878-79;—Prolégomènes à l'édition de Dudon de Saint-Quentin par M. J. Lair, dans les Mémoires de la Soc. des Ant. de Normandie, t. XXIII;—C. F. Keary, The Vikings in western Christendom, 789-888, London, 1891, in-8º.—Sur l'art scandinave: H. Hildebrand, The industrial arts of Scandinavia in the pagan time, London, 1892, in-8º.


I—L'ÉVÉNEMENT DE L'AN 800.

Le couronnement de Charlemagne comme empereur d'Occident n'est pas seulement l'événement capital du moyen âge, c'est un de ces très rares événements dont on peut dire que, s'ils n'étaient pas arrivés, l'histoire du monde n'eût pas été la même.

Pendant toute cette sombre période du moyen âge, deux forces luttaient à qui l'emporterait: d'une part, les instincts de division, de désordre, d'anarchie, qui prenaient leur source dans les impulsions sans frein et l'ignorance barbare de la grande masse de l'humanité; de l'autre, l'aspiration passionnée des meilleurs esprits à l'unité réelle du gouvernement, aspiration dont les ressouvenirs de l'ancien empire romain formaient la base historique et dont le dévouement à une Église visible et universelle était la plus constante expression. La première de ces deux tendances, comme tout le montre, était, du moins en politique, la plus forte; mais la dernière, servie et stimulée par un génie aussi extraordinaire que celui de Charlemagne, remporta en l'an 800 une victoire dont les fruits ne devaient plus être perdus. A la mort du héros, le flot de l'anarchie et de la barbarie se remit à battre avec autant de violence contre les choses du passé, mais sans pouvoir désormais les submerger en entier. C'est justement parce que l'on sentait que personne autre que Charles n'eût pu triompher à ce point des calamités présentes par la formation et l'établissement d'un gigantesque système de gouvernement, que l'excitation, la joie, l'espérance réveillées par son couronnement furent si profondes. On en trouvera peut-être la meilleure preuve, non dans les annales mêmes de ce temps, mais dans les lamentations déchirantes qui éclatèrent au moment où l'empire, vers la fin du IXe siècle, commença à se dissoudre; dans les merveilleuses légendes qui se groupèrent autour du nom de l'empereur Charlemagne, du preux dont aucun exploit ne parut incroyable[27]; dans l'admiration religieuse avec laquelle ses successeurs germains contemplèrent et s'efforcèrent d'imiter complètement ce modèle presque surhumain.