C’est le peuple qui est le véritable créateur de la langue verte, c’est lui qui trouve chaque jour des mots nouveaux pour exprimer sa pensée; ce qu’il recherche avant tout, c’est la figure qui frappe, l’image qui détermine l’objet ou la chose qu’il veut désigner, voilà la raison pour laquelle l’argot est si pittoresque, ne repose sur aucune règle fixe et n’appartient à personne parce qu’il appartient à tous, à la masse.
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Dans un atelier, deux ouvriers causent, l’un dit à l’autre:
—Tu ne finiras pas ton travail?
L’autre lui répond:
—Non, c’est que je tousse.
L’apprenti qui a entendu dans les faubourgs dire d’un homme qui pète: «Il est enrhumé» transforme l’expression; au lieu de dire: c’est que je tousse, il dit: c’est que je pète.
Les deux expressions restent, la dernière complète la première, et toutes deux sont dans la circulation pour exprimer la même pensée.
À qui appartiennent-elles? à tout le monde.
Qu’importe au peuple que les étymologistes se torturent la cervelle pour prouver que gogo vient de gaudium et baragouiner du Bas-Breton?