Le suffixe go entre dans la composition de beaucoup de mots: icigo pour ici, remplaçant icicaille qui est très vieux; sergot, mendigot, etc.
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L’argot s’enrichit de mots nouveaux par la méthode des synonymes et par métaphores. C’est à dire, à plus exactement parler, que les choses et les gens sont désignés par une de leurs propriétés, une de leurs fonctions, la plus saillante: une montre devient une toquante, parce qu’elle fait toc, toc; un juge s’appelle un endormi, un avocat un bavard; l’avocat général l’avocat bêcheur, une corde ligottante.
Les dérivations par synonymes, donnent parfois des résultats qui déconcertent de prime abord. Comment expliquer que taupe, femme, vient de marmite, qui désigne également la femme. C’est que marmite, par substitution de finale est devenue marmotte, et que marmotte, ayant éveillé l’idée d’animal qui dort sous terre, est un terme cousin germain de taupe.
Une des conséquences à laquelle, par ce procédé, on arrive vite, est le calembourg. L’argot y a aussi recours pour se modifier. C’est ainsi que Saint-Esprit devient Sainte-Essence, le portier cloporte, les latrines le numéro 100.
Suivant cet ordre d’idée, l’expression passer à tabac, doit venir logiquement de chiquer qui en argot signifie battre; chiquer éveillant tout naturellement l’idée de tabac.
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N’y aurait-il pas tout un chapitre à écrire sur la poésie de certaines expressions, telle que blanchette qui veut dire hiver, telle que brouillotte qui signifie la nuit? Et sur l’esprit de certaines locutions imagées? Coucher sur la plume de Beauce, n’est-ce pas joli pour dire «coucher sur de la paille»! Quand la fille qui fait la retape rechasse les passants (les reluque si vous voulez) pour les allumer, on dit qu’elle distribue son prospectus.
Et combien d’autres?
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