Comment se convertir de la peur ?

Copierons-nous le sauvage ? On perd son temps à regretter ce qui ne saurait nous être rendu. N’avons-nous pas d’autres moyens de retrouver la paix du cœur ? Connaître son mal est déjà une chance d’en être un jour délivré. Entraînons-nous à la confiance, au calme. La peur se trompe et nous trompe. Avoir peur, c’est avoir tort. Notre sagesse, faite de craintes sans nombre, mériterait plutôt le nom de folie, étant basée sur la croyance à un univers livré au hasard et à l’anarchie. Le sage, c’est celui qui, parmi toutes les voix frappant son oreille, parvient de plus en plus à distinguer celles qui lui disent : ne crains rien ; car la vérité doit être rassurante. La fleur qui pousse en paix, l’oiseau qui dit son chant, l’étoile qui suit sa course, l’homme qui suit sa conscience, sont d’accord avec la source des êtres et se reposent en elle. La paix les enveloppe, et d’eux se communique à qui sait les comprendre.

Fuir ce qui augmente la peur, rechercher ce qui fait naître et cultive la haute confiance, voilà la règle à suivre, pour quiconque est las de trembler.

CONTRARIÉTÉS

L’Ami. — Ne te plains pas des contrariétés, des difficultés ! Les choses déplaisantes font notre éducation.

Une vie régulière et facile serait la meilleure condition de progrès, si l’homme n’avait pas besoin d’être excité pour travailler. Mais les natures qui peuvent se passer d’aiguillon sont rares. Existent-elles ?

Presque toujours, ce qui nous pousse en avant, a sa source à l’extérieur. Le ressort intérieur, sans doute, est la chose essentielle. Mais fonctionnerait-il, sans être préalablement tendu, comprimé ? Les actions les plus énergiques sont souvent des réactions, et nous devons une grande partie de nos conquêtes aux nécessités qui nous font violence.

Plus d’un, faisant un retour sur lui-même, s’est aperçu de ceci : Combien de temps précieux et calme n’avais-je pas à tel moment de ma vie, et quel emploi médiocre en ai-je tiré !

On travaille, non parce qu’on a le temps de travailler, mais parce que la vie vous y contraint. Un homme doué, quand il est sollicité, fournit plus dans ses heures de loisir, qu’un homme engourdi de repos, dans sa journée entière. L’activité, une fois stimulée, a une tendance à augmenter. Une entreprise soutient et provoque l’autre. Mais si l’existence entière est seulement loisir, on ne trouve plus le temps de rien faire. Il est bon de lutter, de souffrir, d’être jeté à l’eau avec obligation de se débrouiller. Ce que vous perdez en confort, vous le gagnez en énergie. Or, de toutes les armes de l’homme la plus précieuse est l’énergie.

SERVITUDES