Et les suites, pour qui donc sont-elles ? Pour moi.
Autant ils méprisaient mes avertissements, autant, à cette heure, ils comptent sur moi.
Ils se sont jetés à l’eau avec préméditation et presque en me narguant, alors que je leur criais : casse-cou ! Maintenant ils se noient et m’appellent au secours. Et je devrais me jeter à l’eau pour cette espèce-là ?
L’Ami. — Tes raisons d’être mécontent sont bonnes. Je le reconnais. Mais peut-être as-tu tort quand même.
— Cela me paraît difficile à soutenir.
L’Ami. — Cependant c’est simple. On peut avoir d’excellentes raisons de faire une chose, et des raisons encore meilleures de ne la point faire.
Ton mécontentement est légitime, il ne saurait l’être plus. Ce qui t’arrive est tout bonnement révoltant, mais ici comme en toute autre circonstance, la règle à suivre est celle-ci : faire ce qu’il y a de mieux.
Dans le cas présent, ta juste indignation, est-elle ce que tu peux fournir de plus utile ? Et peut-il en sortir du bien et le plus grand bien dont tu sois capable ?
— Voilà une question que je ne me suis pas posée. On a, je pense, le droit de s’indigner ; cela soulage.
L’Ami. — Certainement, et tu uses de ce droit en pleine liberté. Personne ne peut te le disputer. Mais, y renoncer serait peut-être plus digne de toi que de t’en servir. Et d’abord, cela te rend-il très heureux d’être mécontent ? Trouves-tu à cet état d’âme des charmes qui méritent qu’on se livre à leur attrait ?