Alors, longeant une muraille de jardin assez élevée, je perçois de l’autre côté une voix d’enfant en conversation avec une grosse voix d’homme.
C’était Pierre. On lui offrait des fraises ; on lui demandait où étaient ses parents. Lui, insouciant, mangeait des fruits et, encouragé par le bon accueil, babillait comme chez soi.
....... .......... ...
Maintenant la muraille entre lui et nous est d’une autre hauteur. Mais la scène d’enfance me revient où je le croyais perdu, tombé dans quelque gouffre, alors qu’il était heureux, bien accueilli et gardé.
Et j’y découvre un symbole de ce qui se passe de l’autre côté de la muraille.
MON FILS
1899
L’Ami. — Regarde ce coin de montagne ignoré ! La neige s’est fondue, il y a peu de semaines. Maintenant toute la flore du printemps jaillit de ses bourgeons. Gentianes bleues, primevères jaunes, auricules roses, par coulées, par tapis ; anémones éclatantes, lis nains, d’une grâce d’enfant. Comme fond au tableau, la prairie verte où l’herbe se fait petite pour laisser la gloire aux fleurs. Tout autour, des rochers gris couverts de vieux sapins barbus, et le ciel au-dessus, taillé dans un seul saphir…
Mais quoi, tu pleures…
— Mon fils !…
L’Ami. — Pauvre père !