Pareils aux orateurs qui ne savent pas conclure, sont les hommes qui ne savent pas se retirer, une fois l’heure venue.
Les institutions sont comme les individus. Le monde est encombré de vieilleries depuis longtemps mûres pour la retraite. Leur fonction terminée, elles sont restées là, se cramponnant à leur place, barrant la route de l’avenir, faisant un accueil féroce à tout ce qui veut naître et grandir.
Nunc dimittis ! Laisse aller maintenant ton serviteur ! Qu’elle est belle de douceur et de sérénité, la parole du vieux Siméon demandant à s’en aller en paix ! Paraître avec entrain, tracer son sillon vigoureusement et, le labeur fourni, s’effacer, afin de ne pas gêner par son ombre le blé qui veut pousser, voilà la seule pratique virile, conforme à l’intérêt supérieur et au bonheur personnel !
Renoncer à temps, évite bien des misères, d’impuissants efforts, pour allier ces deux choses incompatibles : être et avoir été. Mais comme toutes les sciences, celle-ci est longue. On en acquiert les éléments dans les petites occasions. Si tu veux t’initier à ses secrets, applique-toi, en toute occurrence, à ne traîner sur rien. Les longues paroles, les longues lettres, les adieux interminables, les explications qui n’en finissent pas, tout ce qui, fait pour durer son temps précis, s’installe, s’éternise, devient chronique, doit être sévèrement évité. Ne nous attardons nulle part ; c’est un excellent entraînement pour les heures décisives, où il s’agit de démarrer pour de bon.
VIII
PAR LA FOI
Je ne suis qu’un atome tourmenté ; mais j’ai, par moments, entrevu le grand calme rassurant qui gît au fond des choses, et je sais qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter.
Je crois, viens en aide à mon incrédulité !
PRIÈRE
Père, garde-nous, enveloppés de ta tendresse puissante ! Notre esprit vacillant en a besoin. Trop de choses l’impressionnent. Rassure-le ! Ne sommes-nous pas à toi dans les passages sombres, comme sur les sentiers lumineux ; dans l’incompréhensible, comme dans ce qui nous paraît clair ?
LA FOI QUI CHANCELLE
L’Ami. — Dussent les formes de notre pensée demeurer soumises à d’incessantes modifications et rester à jamais distantes de la vérité totale, ceux-là se trompent le moins, qui ont confiance, qui croient à l’au-delà sans limites, à tout ce qui ranime et console, élargit le cœur et l’horizon, complète et clarifie cette existence fragmentaire. En eux fleurit l’humanité ; à leur chaleur s’épanouit l’âme. Humble foi, timide tout ensemble et hardie, foi qui chancelles comme l’enfant en ses premiers pas, comme lui tu es pleine de tout l’avenir. Rien ne t’égale. Ta simplicité confond les sages, éclaire les ignorants, trempe les forts, soutient les faibles. Et si la vie nous apparaît souvent comme un abîme obscur, n’as-tu pas des ailes pour le franchir ?