L’Ami. — Mais, en tout cela, il n’y a d’essentiel que la vie et la puissance. Les mots pour en parler, les formules pour enfermer ces expériences, sont riches et variées. Leur office est de traduire, faiblement et de loin, l’intraduisible, d’exprimer, en bégayant, l’ineffable. Leur attitude vraie est l’entière humilité, je dirais presque l’effacement. Elles ne sont jamais plus efficaces que lorsqu’elles demeurent à tout moment prêtes à se retirer devant la grandeur de ce qu’elles essaient de faire pressentir.

Si la parole, la doctrine, la croyance se substituent à la foi vivante, elles sont usurpatrices.

Regardez vivre et enseigner le Christ. Jamais il n’a endoctriné personne : il embrasait les cœurs par son contact. Son Évangile n’est pas un corps de doctrines qu’il impose et dont il confie la garde à des scribes jaloux d’exactitude littérale. C’est une force de tendresse, de lumière, de courage, de joie, de paix. C’est de la vie infinie et divine, palpitant dans la poitrine d’un homme, vibrant dans sa voix, brillant dans son regard. L’âme, déconcertée par les étrangetés et les contradictions du monde, se sent envahie comme par un souffle de la patrie. Les yeux s’ouvrent, le cœur se dilate, l’espérance renaît. Les vieilles souillures et les vieilles méchancetés cèdent sous cette influence, comme la glace fond au rayon de juin. L’auditeur même d’un seul jour, sentant passer dans l’air une vertu libératrice, se dit : « Dieu a visité son peuple. Ceux qui étaient assis dans l’ombre de la mort ont vu une grande lumière. »

BONNE NOUVELLE

L’Ami. — Dieu t’aime, et le monde est à Dieu. Toutes choses devront, en fin de compte, tourner à bien.

Pauvre humanité perdue, errante, usée de fatigues, chargée de fautes et de misères, le Père te parle et t’appelle. Surgis de ta poussière ! Lève ton regard vers les hauteurs !

Tu es une espérance de Dieu, donc tu ne peux périr. Ta destinée, commencée dans la peine et les larmes, s’achèvera dans une lumière immortelle. Toutes tes souffrances seront oubliées dans la gloire qui doit être manifestée en toi. Crois cela ! Fais cet honneur à Dieu de penser que tes affaires sont les siennes et qu’aucune puissance, aucun malheur, aucun événement ne peut t’arracher de sa main, ni empêcher sa volonté d’amour de se réaliser à ton égard ! Cherche, travaille, combats, laboure et sème, mais ne te soucie pas, ne t’inquiète point !

Au sein de tes ignorances, trouve le calme dans la pensée que Dieu connaît ce qui t’échappe ! Il ne te demande pas de te présenter devant lui avec une explication correcte de l’Univers. Il n’est pas le Sphynx, proposant une énigme et dévorant ceux qui ne peuvent la résoudre. Aie confiance, abandonne-toi à lui !

SI VOUS CROYEZ EN DIEU, CROYEZ AUSSI EN MOI !

L’Ami. — Il en est qui croient en Dieu et désespèrent de l’homme.