Son bonnet était soulevé par le vent, et sa marche précipitée agitait violemment sa robe.

«Bessie et Abbot, j'avais donné ordre de laisser Jane dans la chambre jusqu'au moment où je viendrais la chercher moi-même.

— Madame, Mlle Jane criait si fort! hasarda Bessie.

— Laissez-la, répondit-on. Allons, enfant, lâchez la main de Bessie; soyez certaine que vous ne réussirez pas par de tels moyens. Je déteste l'hypocrisie, particulièrement chez les enfants, et il est de mon devoir de vous prouver que vous n'obtiendrez pas de votre ruse ce que vous en attendiez; vous resterez ici une heure de plus, et ce n'est qu'à condition d'une soumission et d'une tranquillité parfaites que vous recouvrerez votre liberté.

— Oh! ma tante, ayez pitié de moi, pardonnez-moi; je ne puis plus souffrir tout ceci; punissez-moi d'une autre manière; je vais mourir ici…

— Taisez-vous, votre violence me fait horreur!»

Et sans doute elle le pensait; à ses yeux j'étais une comédienne précoce; elle me regardait sincèrement comme un être chez lequel se trouvaient mélangés des passions emportées, un esprit bas et une hypocrisie dangereuse.

Bessie et Abbot s'étaient retirées.

Mme Reed, impatientée de mes terreurs et de mes sanglots, me repoussa brusquement dans la chambre, et me renferma sans me dire un seul mot. Je l'entendis partir. Je suppose que j'eus alors une sorte d'évanouissement, car je n'ai pas conscience de ce qui suivit.

CHAPITRE III