Il s'arrêta et jeta les yeux sur ma toilette, qui, comme toujours, était très simple: un manteau de mérinos noir et un chapeau de castor que n'aurait pas voulu porter la femme de chambre d'une lady; il semblait embarrassé de savoir qui j'étais; je vins à son secours.
«Je suis la gouvernante.
— Ah! la gouvernante, répéta-t-il. Le diable m'emporte si je ne l'avais pas oubliée, la gouvernante!»
Et je fus de nouveau obligée de soutenir son examen. Au bout de deux minutes, il se leva; mais, quand il essaya de marcher, sa figure exprima la souffrance.
«Je ne puis pas vous charger d'aller chercher du secours, me dit- il; mais si vous voulez avoir la bonté de m'aider, vous le pourrez.
— Je ne demande pas mieux, monsieur.
— Avez-vous un parapluie dont je puisse me servir en place de bâton?
— Non.
— Alors, tâchez de prendre la bride du cheval et de me l'amener.
Vous n'avez pas peur, je pense.»
Si j'avais été seule, j'aurais été effrayée de toucher à un cheval; cependant, comme on me le commandait, j'étais toute disposée à obéir. Je laissai mon manchon sur l'escalier, et je m'avançai vers le cheval; mais c'était un fougueux animal, et il ne voulut pas me laisser approcher de sa tête. Je fis effort sur effort, mais en vain, j'avais même très peur en le voyant frapper la terre de ses pieds de devant. Le voyageur, après nous avoir regardés quelque temps, se mit enfin à rire.