— Non, Bessie, je vous remercie.
— Alors je vais aller me coucher, car il est minuit passé; mais vous pourrez m'appeler si vous avez besoin de quelque chose pendant la nuit.»
Quelle merveilleuse politesse! Aussi je m'enhardis jusqu'à faire une question.
«Bessie, demandai-je, qu'ai-je donc? suis-je malade?
— Je suppose qu'à force de pleurer vous vous serez évanouie dans la chambre rouge.»
Bessie passa dans la pièce voisine, qui était destinée aux domestiques, et je l'entendis dire:
— Sarah, venez dormir avec moi dans la chambre des enfants, je ne voudrais pour rien au monde rester seule la nuit avec cette pauvre petite; si elle allait mourir! L'accès qu'elle a eu est si étrange! Elle aura probablement vu quelque chose. Madame est aussi par trop dure.»
Sarah revint avec Bessie. Elles se mirent toutes les deux au lit. Je les entendis parler bas une demi-heure avant de s'endormir. Je saisis quelques mots de leur conversation, et j'en pus deviner le sujet.
«Une forme tout habillée de blanc passa devant elle et disparut… Un grand chien noir était derrière lui… Trois violents coups à la porte de la chambre… une lumière dans le cimetière, juste au- dessus de son tombeau…»
À la fin toutes les deux s'endormirent. Le feu et la chandelle continuaient à brûler. Je passai la nuit dans une veille craintive; mes oreilles, mes yeux, mon esprit, étaient tendus par la frayeur, une de ces frayeurs que les enfants seuls peuvent éprouver.