— Et quelle espèce de voix a Mlle Ingram?
— Une voix très pleine et très puissante; elle chantait admirablement, et c'était un plaisir de l'entendre. Ensuite elle joua du piano; je ne m'y connais pas, mais j'ai entendu dire à M. Rochester qu'elle exécutait d'une manière très remarquable.
— Et cette jeune fille, si belle et si accomplie, n'est pas encore mariée?
— Il paraît que non; je crois que ni elle ni sa soeur n'ont beaucoup de fortune; le fils aîné a hérité de la plus grande partie des biens de son père.
— Mais je m'étonne qu'aucun noble ne soit tombé amoureux d'elle,
M. Rochester, par exemple; il est riche, n'est-ce pas?
— Oh! oui; mais vous voyez qu'il y a une énorme différence d'âge. M. Rochester a près de quarante ans, et elle n'en a que vingt- cinq.
— Qu'importe? il se fait tous les jours des mariages où l'on voit une différence d'âge plus grande encore entre les deux époux.
— C'est vrai; je ne crois cependant pas que M. Rochester ait jamais eu une semblable idée. Mais vous ne mangez rien, vous avez à peine goûté à votre tartine depuis que vous avez commencé votre thé.
— J'ai trop soif pour manger; voulez-vous, s'il vous plaît, me donner une autre tasse de thé?»
J'allais recommencer à parler de la probabilité d'un mariage entre M. Rochester et la belle Blanche, lorsque Adèle entra, ce qui nous força à changer le sujet de notre conversation.