Mme Fairfax m'avait annoncé que M. Rochester avait une belle voix; elle était puissante en effet et révélait la force de son âme; elle était pénétrante et éveillait en vous d'étranges sensations. J'écoutai jusqu'à la dernière vibration de ces notes pleines et sonores; j'attendis que le mouvement causé par les compliments d'usage se fût un peu calmé: alors je quittai mon coin, et je sortis par la porte de côté, qui heureusement était tout près de moi. Un corridor étroit conduisait dans la grande salle: je m'aperçus, en le traversant, que mon soulier était dénoué; je m'agenouillai sur le paillasson de l'escalier pour le rattacher; j'entendis tout à coup la porte de la salle à manger s'ouvrir et des pas d'homme se diriger de mon côté; je me relevai précipitamment, et je me trouvai face à face avec M. Rochester.

«Comment vous portez-vous? me demanda-t-il.

— Très bien, monsieur.

— Pourquoi n'êtes-vous pas venue me parler dans le salon?»

Je pensai que j'aurais bien pu lui retourner sa question; mais n'osant pas prendre cette liberté, je lui répondis:

«Vous aviez l'air occupé, et je n'aurais pas osé vous déranger, monsieur.

— Et qu'avez-vous fait pendant mon absence?

— Rien de particulier; j'ai continué à donner des leçons à Adèle.

— Et vous êtes devenue beaucoup plus pâle que vous n'étiez. Je l'ai remarqué tout de suite; dites-moi ce que vous avez.

— Je n'ai rien, monsieur.