«Oui, me répondit-il; vous l'avez deviné, je suppose.
— Mme Fairfax me l'a écrit.
— Et vous a-t-elle dit pourquoi?
— Oh! oui, monsieur, tout le monde le savait.
— Eh bien! Jane, il faudra que je vous montre la voiture, et vous me direz si elle convient bien à la femme de M. Rochester, et si, étendue sur ces coussins rouges, elle n'aura pas l'air de la reine Boadicea. Voyez-vous, Jane, je voudrais que mon extérieur s'accordât un peu mieux avec le sien; dites-moi, petite fée, ne pourriez-vous pas me donner quelque fiole merveilleuse qui me rendit beau?
— Cela dépasse le pouvoir de la magie, monsieur.» Et j'ajoutai en moi-même: «Un oeil aimant est le plus grand charme; ce charme-là vous l'avez, et l'expression dure de votre visage a plus de pouvoir que la beauté même.»
Souvent M. Rochester avait lu mes pensées avec une justesse que je ne pouvais comprendre; pour le moment, il sembla ne point écouter ma réponse brève; il me sourit d'un de ces sourires que lui seul possédait et dont il n'usait que dans de rares occasions; il le trouvait sans doute trop beau pour en abuser; c'était la flamme brillante du sentiment, et, en me regardant, il jeta sur moi cet éclatant rayon.
«Passez, Jane, me dit-il en me faisant place sur l'escalier; retournez au château, et arrêtez votre petit pied errant et fatigué sur le seuil d'un ami.»
Ce que j'avais de mieux à faire, c'était de lui obéir en silence, car je n'avais plus de raison pour causer avec lui. Je montai les marches sans dire un mot et résolue à le quitter avec calme; mais quelque chose me retenait, une force irrésistible me contraignît à me retourner; je m'écriai, ou plutôt un sentiment que je ne pouvais maîtriser s'écria, en dépit de ma ferme volonté:
«Merci, monsieur Rochester, merci de votre grande bonté; je suis bien heureuse d'être revenue près de vous, et où vous êtes, là est ma demeure, ma seule demeure!»