— Jamais, monsieur! vous savez…» Il me fut impossible de continuer.
«Jane, entendez-vous le rossignol chanter dans les bois? écoutez!»
En écoutant, je sanglotais convulsivement, car je ne pouvais plus réprimer mes sentiments; je fus obligée de céder, et j'éprouvai dans tout mon être une souffrance aiguë. Quand je parlai, ce ne fut que pour exprimer un désir impétueux de n'être jamais née ou de n'être jamais venue à Thornfield.
«Est-ce parce que vous êtes fâchée de le quitter?» me demanda
M. Rochester.
La souffrance et l'amour avaient excité chez moi une violente émotion, qui s'efforçait de devenir maîtresse absolue, de dominer, de régner et de parler.
«Oui, je suis triste de quitter Thornfield, m'écriai-je; j'aime Thornfield; je l'aime, parce que, pendant quelque temps, j'y ai vécu d'une vie délicieuse; je n'ai pas été foulée aux pieds et humiliée; je n'ai pas été ensevelie avec des esprits inférieurs; on ne m'a pas éloignée de ce qui est beau, fort et élevé; j'ai vécu face à face avec ce que je révère et ce qui me réjouit; j'ai causé avec un esprit original, vigoureux et étendu; je vous ai connu, monsieur Rochester; et je suis frappée de terreur et d'angoisse en pensant qu'il faut m'éloigner de vous pour toujours; je vois la nécessité du départ, et c'est comme si je me voyais forcée de mourir.
— Où voyez-vous la nécessité de partir? demanda-t-il tout à coup.
— Où? ne me l'avez-vous pas vous-même montrée, monsieur?
— Et sous quelle forme?
— Sous la forme de Mlle Ingram, une jeune fille belle et noble, votre fiancée.