Je réfléchis, et elle me parut en effet la seule possible. Je n'étais pas satisfaite; mais, pour plaire à M. Rochester, je m'efforçai de le paraître: certainement j'étais soulagée. Je lui répondis par un joyeux sourire, et comme une heure était sonnée depuis longtemps, je me préparai à le quitter.

«Est-ce que Sophie ne couche pas avec Adèle dans la chambre des enfants? me demanda-t-il en allumant sa bougie.

— Oui, monsieur, répondis-je.

— Il y a assez de place pour vous dans le petit lit d'Adèle; couchez avec elle cette nuit, Jane. Il n'y aurait rien d'étonnant à ce que l'événement que vous m'avez raconté eût excité vos nerfs. Je préfère que vous ne couchiez pas seule; promettez-moi d'aller dans la chambre d'Adèle.

— J'en serai même très contente, monsieur.

— Fermez bien votre porte en dedans. Quand vous monterez, dites à Sophie de vous éveiller de bonne heure; car il faut que vous soyez habillée et que vous ayez déjeuné avant huit heures. Et maintenant, plus de sombres pensées; chassez les tristes souvenirs, Jane. Entendez-vous comme le vent est tombé? ce n'est plus qu'un petit murmure; la pluie a cessé de battre contre les fenêtres. Regardez, dit-il en soulevant le rideau, voilà une belle nuit.»

Il disait vrai: la moitié du ciel était entièrement pure; le vent d'ouest soufflait, et les nuages fuyaient vers l'est en longues colonnes argentées; la lune brillait paisiblement.

«Eh bien! me dit M. Rochester en interrogeant mes yeux, comment se porte ma petite Jane, maintenant?

— La nuit est sereine, monsieur, et je le suis également.

— Et cette nuit vous ne rêverez pas séparation et chagrin, mais vos songes vous montreront un amour heureux et une union bénie.»