Je courus ouvrir la porte, et je regardai dans le corridor: il était sombre. Je courus dans le jardin: il était vide.

«Où êtes-vous?» m'écriai-je.

Les montagnes derrière Marsh-Glen répétèrent faiblement: «Où êtes- vous?» J'écoutai. Le vent soupirait doucement dans les sapins; tout autour de moi je ne vis que la solitude des marais et la solitude de la nuit.

«Va-t'en, superstition! m'écriai-je en voyant un spectre noir se dessiner près des ifs déjà si obscurs. Ce n'est pas là une de tes déceptions; ce n'est pas là un effet de ta puissance; c'est l'oeuvre de la nature. Elle s'est éveillée et a fait tous ses efforts.»

Je m'éloignai violemment de Saint-John, qui m'avait suivie et voulait me retenir. Mon tour était venu; ma puissance était en jeu, et je me sentais pleine de force. Je lui demandai de ne me faire ni questions ni remarques. Je le priai de me quitter: il me fallait être seule, je le voulais. Il céda aussitôt. Quand on a une énergie assez forte pour bien commander, il est facile de se faire obéir. Je montai dans ma chambre; je m'enfermai; je tombai à genoux, et je priai à ma manière: manière bien différente de celle de Saint-John, mais efficace aussi. Il me semblait que j'étais tout près d'un puissant esprit, et, pleine de gratitude, mon âme se précipitait à ses pieds. Je me relevai après cette action de grâces, je pris une résolution, et je me couchai éclairée et décidée. J'attendis le jour avec impatience.

CHAPITRE XXXVI

Le jour arriva enfin. Je me levai à l'aurore. Pendant une heure ou deux je m'occupai à ranger mes tiroirs, ma garde-robe et tout ce que contenait ma chambre, afin de les laisser dans l'état qu'exigeait une courte absence. Pendant ce temps, j'entendis Saint-John quitter sa chambre. Il s'arrêta devant la mienne. Je craignais qu'il ne frappât; mais non: il se contenta de glisser une feuille de papier sous ma porte. Je la pris et je lus ces mots:

«Vous m'avez quitté trop subitement hier au soir. Si seulement vous étiez restée un peu plus de temps, vous auriez posé votre main sur la croix du chrétien, sur la couronne des anges. Je reviendrai dans quinze jours, et alors je m'attends à vous trouver tout à fait décidée. Pendant ce temps, priez et veillez, afin de n'être pas tentée; je crois que l'esprit a bonne volonté, mais la chair est faible. Je prierai pour vous à toute heure.

«Tout à vous, Saint-John.»

«Mon esprit, me dis-je, veut faire ce qui est bien, et j'espère que ma chair est assez forte pour accomplir la volonté du ciel, lorsque cette volonté me sera clairement démontrée. En tous cas, elle sera assez forte pour chercher, sortir des nuages et du doute, et trouver la lumière et la certitude.»