— Vous! Pas de mon temps, pensai-je; car votre visage m'est étranger.

— J'ai été le sommelier du défunt M. Rochester,» ajouta-t-il.

Défunt! Il me sembla que je venais de recevoir en pleine poitrine le coup que je cherchais à éviter.

«Défunt! murmurai-je; est-il donc mort?

— Je parle du père de M. Édouard, le maître actuel,» dit-il.

Je respirai de nouveau et mon sang coula librement; ces mots m'avertissaient que M. Édouard, mon M. Rochester à moi (Dieu veille sur lui!) était vivant. Le maître actuel! mots doux à entendre! il me semblait que maintenant je pouvais tout apprendre, avec un calme relatif du moins; puisqu'il n'était pas dans le tombeau, je croyais pouvoir apprendre avec tranquillité qu'il se fût réfugié même aux antipodes.

«M. Rochester est-il au château de Thornfield?» demandai-je.

Je savais bien quelle réponse je recevrais, mais je désirais éloigner le plus possible toute question positive sur le lieu de sa résidence.

«Oh! non, madame, me répondit-il; personne n'y demeure. Vous n'êtes pas du pays; sans cela vous sauriez ce qui est arrivé l'automne dernier. Le château n'est plus qu'une ruine; il a été brûlé vers l'époque des moissons. C'est un horrible malheur; des valeurs énormes ont été détruites; c'est à peine si l'on a pu sauver quelques meubles. Le feu s'est déclaré dans la nuit, et, avant que la nouvelle fut connue à Millcote, le château était déjà un amas de flammes; c'était un affreux spectacle; j'en ai été témoin.

— Au milieu de la nuit, murmurai-je; oui, c'était là l'heure fatale à Thornfield… Connaît-on la cause de l'incendie? demandai-je.