— Parce que vous aimez à vous sacrifier.
— À me sacrifier? Qu'est-ce que je sacrifie? la faim pour la nourriture, l'attente pour la joie. Avoir le droit d'entourer de mes bras celui que j'estime, de presser mes lèvres sur celui que j'aime, de me reposer sur celui en qui j'ai confiance, est-ce lui faire un sacrifice? S'il en est ainsi, certainement j'aime à me sacrifier.
— Mais, Jane, il faudra supporter mes infirmités, voir sans cesse ce qui me manque.
— Tout cela n'est rien pour moi, monsieur. Je vous aime, et plus encore maintenant que je puis vous être utile qu'aux jours de votre orgueil, où vous ne vouliez que donner et protéger.
— Jusqu'ici je n'ai voulu être ni secouru ni conduit; maintenant je n'en souffrirai plus. Je n'aimais pas à mettre ma main dans celle d'une servante, mais il me sera doux de la sentir pressée par les petits doigts de Jane. Je préférais l'entière solitude à la constante surveillance des domestiques; mais le doux ministère de Jane sera une joie perpétuelle. Jane me plaît; est-ce que je lui plais?
— Oh! oui, monsieur, entièrement.
— Eh bien alors, rien au monde ne nous force à attendre; il faudra nous marier immédiatement.»
Son regard et sa parole étaient ardents; il retrouvait son ancienne impétuosité.
«Il faut que nous devenions une seule chair, et sans tarder. Une fois la permission obtenue, nous nous marierons.
— Monsieur Rochester, je viens de m'apercevoir que le soleil se couchait. Pilote est déjà parti dîner; laissez-moi regarder l'heure à votre montre.