Après avoir lu et relu ces mots, je compris qu'ils demandaient une explication, et que seule je ne pourrais pas en saisir entièrement le sens. Je réfléchissais à ce que voulait dire institution, et je m'efforçais de trouver le rapport qu'il pouvait y avoir entre la première partie de l'inscription et le verset de la Bible, lorsque le son d'une toux creuse me fit tourner la tête.

J'aperçus une jeune fille assise près de moi sur un banc de pierre; elle tenait un livre qui semblait l'absorber tout entière; d'où j'étais, je pus lire le titre: c'était Rasselas; ce nom me frappa par son étrangeté, et d'avance je supposai que le volume devait être intéressant. En retournant une page, la jeune fille leva les yeux, j'en profitai pour lui parler.

«Votre livre est-il amusant?» demandai-je.

J'avais déjà formé le projet de le lui emprunter un jour à venir.

«Je l'aime, me répondit-elle après une courte pause qui lui permit de m'examiner.

— De quoi y parle-t-on?» continuai-je.

Je ne pouvais comprendre comment j'avais la hardiesse de lier ainsi conversation avec une étrangère; cette avance était contraire à ma nature et à mes habitudes. L'occupation dans laquelle je l'avais trouvée plongée avait sans doute touché dans mon coeur quelque corde sympathique; moi aussi, j'aimais lire des choses frivoles et enfantines, il est vrai; car je n'étais pas à même de comprendre les livres solides et sérieux.

«Vous pouvez le regarder,» me dit l'inconnue en m'offrant le livre.

Je fus convaincue par un rapide examen que le contenu était moins intéressant que le titre. Rasselas me sembla un livre ennuyeux, à moi qui n'aimais que les enfantillages. Je n'y vis ni fées ni génies; je le rendis donc à sa propriétaire. Elle le reçut tranquillement et sans me rien dire; elle allait même recommencer son attentive lecture, lorsque je l'interrompis de nouveau.

«Pouvez-vous me dire, demandai-je, ce que signifie l'inscription gravée sur cette pierre? Qu'est-ce que l'institution de Lowood?