— Oh! Mlle Temple est très bonne; elle sait beaucoup; elle est supérieure aux autres maîtresses, parce qu'elle est plus instruite qu'elles toutes.

— Y a-t-il longtemps que vous demeurez à Lowood?

— Deux ans.

— Êtes-vous orpheline?

— Ma mère est morte.

— Êtes-vous heureuse ici?

— Vous me faites trop de questions; nous avons assez causé pour aujourd'hui, et je désirerais lire un peu.»

Mais, à ce moment, la cloche ayant sonné pour annoncer le dîner, tout le monde rentra.

Le parfum qui remplissait la salle à manger était à peine plus appétissant que celui du déjeuner. Le repas fut servi dans deux grands plats d'étain, d'où sortait une épaisse fumée, répandant l'odeur de graisse rance. Le dîner se composait de pommes de terre sans goût et de viande qui en avait trop, le tout cuit ensemble. Chaque élève reçut use portion assez abondante; je mangeai ce que je pus, tout en me demandant si je ferais tous les jours aussi maigre chère.

Après le dîner, nous passâmes dans la salle d'étude; les leçons recommencèrent et se prolongèrent jusqu'à cinq heures. Il n'y eut dans l'après-midi qu'un seul événement de quelque importance. La jeune fille avec laquelle j'aurais causé sous la galerie fût renvoyée d'une leçon d'histoire par Mlle Scatcherd, sans que je pusse en savoir la cause. On lui ordonna d'aller se placer au milieu de la salle d'étude. Cette punition me sembla bien humiliante, surtout à son âge; elle semblait avoir de treize à quatorze ans; je m'attendais à lui voir donner des signes de souffrance et de honte; mais, à ma grande surprise, elle ne pleura ni ne rougit; calme et grave, elle resta là, en butte à tous les regards. «Comment peut-elle supporter ceci avec tant de tranquillité et de fermeté? pensai-je; si j'étais à sa place, je souhaiterais de voir la terre m'engloutir.»