Ces bonnes paroles me frappèrent au coeur comme un aiguillon.
«Dans une minute elle me méprisera et verra en moi une hypocrite,» pensai-je. Et alors un sentiment de rage contre Mme Reed et M. Brockelhurst alluma mon sang: je n'étais pas une Hélène Burns.
«Avancez cette chaise,» dit M. Brockelhurst, en indiquant un siège très élevé d'où venait de descendre une monitrice.
On l'apporta.
«Placez-y l'enfant,» continua-t-il.
J'y fus placée, par qui? c'est ce que je ne puis dire. Je m'aperçus seulement qu'on m'avait hissée à la hauteur du nez de M. Brockelhurst. Des pelisses en soie pourpre, un nuage de plumes argentées s'étendaient et se balançaient au-dessous de mes pieds.
«Mesdames, dit M. Brockelhurst en se tournant vers sa famille, mademoiselle Temple, maîtresses et élèves, vous voyez toutes cette petite fille.»
Sans doute elles me voyaient toutes; leurs regards étaient pour moi comme des miroirs ardents sur ma figure brûlante.
«Vous voyez qu'elle est jeune encore; son extérieur est celui de l'enfance. Dieu lui a libéralement départi l'enveloppe qu'il accorde à tous. Aucune difformité n'indique en elle un être à part. Qui croirait que l'esprit du mal a déjà trouvé en elle un serviteur et un agent? Et pourtant, chose triste à dire, c'est la vérité.»
Il s'arrêta; j'eus le temps de raffermir mes nerfs et de sentir ma rougeur disparaître. L'épreuve ne pouvait plus être évitée; j'étais décidée à la supporter avec courage.