[CHAPITRE PREMIER.]
[CHAPITRE II.]
[CHAPITRE III.]
[CHAPITRE IV.]
[CHAPITRE V.]
[CHAPITRE VI.]
[CHAPITRE VII.]
[CHAPITRE VIII.]
[CHAPITRE IX.]


[CHAPITRE PREMIER.]

Le lendemain, à peine les ombres du soir eurent-elles commencé à dessiner le contour des montagnes, que Victoria se rendit à l'endroit où le maure Zofloya lui avait donné rendez-vous. Elle l'y trouva déjà, et lorsqu'il l'aperçut, il s'avança en la saluant avec grâce. «Venez vous asseoir, belle signora, dit-il en la conduisant respectueusement sur un banc ombragé d'acacias magnifiques.»

Victoria obéit. Les manières de Zofloya, comme nous l'avons déjà observé, lui en imposaient; en dire la raison, lui eut été difficile, si ce n'est que le croyant en quelque sorte fait pour décider de sa destinée, idée qu'elle eut conçue d'après ses songes, elle se croyait obligée, par intérêt, à lui montrer de la soumission; ou bien encore, parce qu'elle l'avait fait confident de la faiblesse de son cœur, dans l'espoir qu'il la servirait. Le maure, moins timide cette fois, s'assit sans façon auprès d'elle. A coup sûr la fille de Laurina ne connaissait pas la crainte, ni n'avait ombre de timidité; cependant une certaine inquiétude s'empara de son esprit en se voyant si proche de cet homme. La nuit s'avançait à grands pas, et répandait une teinte plus sombre sur sa figure noire, tandis que son turban, d'un blanc de neige, formait un violent contraste avec sa peau. Les perles qui entouraient ses bras et ses jambes nues, n'en paraissaient que davantage, et l'obscurité ajoutait à l'air grand et majestueux de sa personne. Sa beauté avait en ce moment quelque chose de particulier, fait pour inspirer cet étonnement respectueux qu'on ne sent que pour les immortels.

»Signora! dit-il d'une voix douce et harmonieuse, j'avais deviné depuis long-tems ce secret pénible qui pesait sur votre cœur; mais je désirais en entendre l'aveu de votre belle bouche; je voulais en être ainsi assuré. Ne pensez pas, femme charmante, que j'aie voulu pénétrer dans les replis secrets de votre âme, par une curiosité indiscrète, non; c'était pour vous donner l'assurance que je possède un pouvoir presqu'égal à mes souhaits pour votre bonheur; mais quand ce pouvoir ne s'étendrait pas aussi loin, vous avez du moins trouvé un être susceptible d'y prendre part.

Victoria ne disait mot.... Le maure continua.

»Ne croyez point, madame, que Zofloya ait un cœur analogue à sa couleur. Non, vous devez mieux en juger. Les espérances trompent le plus souvent; mais si vous voulez m'éprouver, en cherchant auprès de moi un soulagement à votre douleur, déposez dans mon sein tous ces tourmens qui assiègent votre âme, et comptez sur les efforts que j'apporterai à l'en guérir.»

Ce discours de Zofloya, depuis son commencement, avait déjà bien allégé l'oppression de Victoria. Ses paroles faisaient l'effet d'une douce rosée sur un sable brûlant. Quelque chose de suave se répandait dans tout son être, et elle découvrait par avance, dans l'avenir, l'exécution des promesses qu'il lui avait faites. Sitôt que le maure eut cessé son langage agréable a l'oreille de Victoria, elle le regarda attentivement, et, malgré l'obscurité, elle put discerner sur son visage noir, l'éclat de deux yeux, qui, comme des diamans, étincelaient de la clarté la plus vive. Elle se pencha vers lui et dit: