Je vous promets en revanche de mener à bien l’aventure de votre pupille, et de m’occuper d’elle autant que de ma belle prude.
Celle-ci vient de m’envoyer un projet de capitulation. Toute sa lettre annonce le désir d’être trompée. Il est impossible d’en offrir un moyen plus commode et aussi plus usé. Elle veut que je sois son ami. Mais moi qui aime les méthodes nouvelles et difficiles, je ne prétends pas l’en tenir quitte à si bon marché, et assurément je n’aurai pas pris tant de peine auprès d’elle pour terminer par une séduction ordinaire.
Mon projet, au contraire, est qu’elle sente, qu’elle sente bien la valeur et l’étendue de chacun des sacrifices qu’elle me fera; de ne pas la conduire si vite que le remords ne puisse la suivre; de faire expirer sa vertu dans une lente agonie; de la fixer sans cesse sur ce désolant spectacle, et de ne lui accorder le bonheur de m’avoir dans ses bras qu’après l’avoir forcée à n’en plus dissimuler le désir. Au fait, je vaux bien peu si je ne vaux pas la peine d’être demandé. Et puis-je me venger moins d’une femme hautaine, qui semble rougir d’avouer qu’elle adore?
J’ai donc refusé la précieuse amitié et m’en suis tenu à mon titre d’amant. Comme je ne dissimule point que ce titre, qui ne paraît d’abord qu’une dispute de mots, est pourtant d’une importance réelle à obtenir, j’ai mis beaucoup de soin à ma lettre, et j’ai tâché d’y répandre ce désordre qui peut seul peindre le sentiment. J’ai enfin déraisonné le plus qu’il m’a été possible, car sans déraisonnement, point de tendresse; et c’est, je crois, par cette raison que les femmes nous sont si supérieures dans les lettres d’amour.
J’ai fini la mienne par une cajolerie, et c’est encore une suite de mes profondes observations. Après que le cœur d’une femme a été exercé quelque temps, il a besoin de repos; et j’ai remarqué qu’une cajolerie était, pour toutes, l’oreiller le plus doux à leur offrir.
Adieu, ma belle amie. Je pars demain. Si vous avez des ordres à me donner pour la comtesse de ***, je m’arrêterai chez elle au moins pour dîner. Je suis fâché de partir sans vous voir. Faites-moi passer vos sublimes instructions, et aidez-moi de vos sages conseils dans ce moment décisif.
Surtout, défendez-vous de Prévan, et puissé-je un jour vous dédommager de ce sacrifice! Adieu.
De..., ce 11 septembre 17**.
Pl. V