«Crois-moi, choisis un autre amant, comme j’ai fait une autre maîtresse. Ce conseil est bon, très bon; si tu le trouves mauvais, ce n’est pas ma faute.

«Adieu, mon ange, je t’ai prise avec plaisir, je te quitte sans regret; je te reviendrai peut-être. Ainsi va le monde. Ce n’est pas ma faute.»

De vous dire, vicomte, l’effet de cette dernière tentative et ce qui s’en est suivi, ce n’est pas le moment, mais je vous promets de vous le dire dans ma première lettre. Vous y trouverez aussi mon ultimatum sur le renouvellement du traité que vous me proposez. Jusque-là, adieu tout simplement...

A propos, je vous remercie de vos détails sur la petite Volanges; c’est un article à réserver jusqu’au lendemain du mariage pour la Gazette de médisance. En attendant, je vous fais mon compliment de condoléance sur la perte de votre postérité. Bonsoir, vicomte.

Du château de..., ce 24 novembre 17**.


LETTRE CXLII

Le Vicomte de VALMONT à la Marquise de MERTEUIL.

Ma foi, ma belle amie, je ne sais si j’ai mal lu ou mal entendu, et votre lettre, et l’histoire que vous m’y faites, et le petit modèle épistolaire qui y était compris. Ce que je puis vous dire, c’est que ce dernier m’a paru original et propre à faire de l’effet; aussi je l’ai copié tout simplement, et tout simplement encore je l’ai envoyé à la céleste présidente. Je n’ai pas perdu un moment, car la tendre missive a été expédiée dès hier au soir. Je l’ai préféré ainsi, parce que d’abord je lui avais promis de lui écrire, et puis aussi parce que j’ai pensé qu’elle n’aurait pas trop de toute la nuit pour se recueillir et méditer sur ce grand événement, dussiez-vous une seconde fois me reprocher l’expression.

J’espérais pouvoir vous renvoyer ce matin la réponse de ma bien-aimée, mais il est près de midi, et je n’ai encore rien reçu. J’attendrai jusqu’à cinq heures, et si alors je n’ai pas eu de nouvelles, j’irai en chercher moi-même, car, surtout en procédés, il n’y a que le premier pas qui coûte.