Adieu, chevalier; je me fais une vraie fête de vous revoir: viendrez-vous?

Du château de..., ce 29 novembre 17**.

[51] Marmontel, Conte moral d’Alcibiade.


LETTRE CXLVII

Madame de VOLANGES à Madame de ROSEMONDE.

Vous serez sûrement aussi affligée que je la suis, ma digne amie, en apprenant l’état où se trouve Mme de Tourvel: elle est malade depuis hier; sa maladie a pris si vivement et se montre avec des symptômes si graves que j’en suis vraiment alarmée.

Une fièvre ardente, un transport violent et presque continuel, une soif qu’on ne peut apaiser, voilà tout ce qu’on remarque. Les médecins disent ne pouvoir rien pronostiquer encore et le traitement sera d’autant plus difficile que la malade refuse avec obstination toute espèce de remèdes: c’est au point qu’il a fallu la tenir de force pour la saigner et il a fallu depuis en user de même deux autres fois pour lui remettre sa bande, que, dans son transport, elle veut toujours arracher.

Vous qui l’avez vue, comme moi, si peu forte, si timide et si douce, concevez-vous donc que quatre personnes puissent à peine la contenir et que, pour peu qu’on veuille lui représenter quelque chose, elle entre dans des fureurs inexprimables? Pour moi, je crains qu’il n’y ait plus que du délire et que ce ne soit une vraie aliénation d’esprit.

Ce qui augmente ma crainte à ce sujet, c’est ce qui s’est passé avant-hier.