Comme on continuait à me tirer par mes vêtements, à plusieurs reprises, je finis cependant par me retourner et je vis une femme admirablement belle, vêtue d'une robe bleue parsemée délicatement d'étoiles d'or, tel le ciel. Dans sa main droite elle tenait une trompette en or, sur laquelle je lus aisément un nom, que l'on me défendit de révéler par la suite; dans sa main gauche elle serrait un gros paquet de lettres, écrites dans toutes les langues, qu'elle devait distribuer dans tous les pays comme je l'ai su plus tard. Elle avait des ailes grandes et belles, couvertes d'yeux sur toute leur étendue; avec ces ailes elle s'élançait et volait plus vite que l'aigle.
Peut-être aurais-je pu faire d'autres remarques encore, mais, comme elle ne resta que très peu de temps près de moi tandis que j'étais encore plein de terreur et de ravissement, je n'en vis pas davantage. Car, dès que je me retournai, elle feuilleta son paquet de lettres, en prit une et la déposa sur la table avec une profonde révérence; puis elle me quitta sans m'avoir dit une parole. Mais en prenant son essor, elle sonna de sa trompette avec une telle force que la montagne entière en résonna et que je n'entendis plus ma propre voix pendant près d'un quart d'heure.
Ne sachant quel parti prendre dans cette aventure inattendue, je tombai à genoux et priai mon Créateur qu'il me sauvegardât de tout ce qui pourrait être contraire à mon salut éternel. Tout tremblant de crainte je pris alors la lettre et je la trouvai plus pesante que si elle avait été toute en or. En l'examinant avec soin, je découvris le sceau minuscule qui la fermait et qui portait une croix délicate avec l'inscription: In hoc signo + vinces.
Dès que j'eus aperçu ce signe je repris confiance car ce sceau n'aurait pas plu au diable qui certes n'en faisait pas usage. Je décachetai donc vivement la lettre et je lus les vers suivants, écrits en lettres d'or sur champ bleu:
Aujourd'hui, aujourd'hui, aujourd'hui,
Ce sont les noces du roi;
Si tu es né pour y prendre part
Elu par Dieu pour la joie,
Va vers la montagne
Qui porte trois temples
Voir les événements.
Prends garde à toi,
Examine-toi toi-même.
Si tu ne t'es pas purifié assidûment
Les noces te feront dommage.
Malheur à qui s'attarde là-bas.
Que celui qui est trop léger s'abstienne.
Au-dessous comme signature:
Sponsus et Sponsa.
A la lecture de cette lettre je faillis m'évanouir; mes cheveux se dressèrent et une sueur froide baigna tout mon corps. Je comprenais bien qu'il était question du mariage qui m'avait été annoncé dans une vision formelle sept ans auparavant; je l'avais attendu et souhaité ardemment pendant longtemps et j'en avais trouvé le terme en calculant soigneusement les aspects de mes planètes; mais jamais je n'avais soupçonné qu'il aurait lieu dans des conditions si graves et si dangereuses.