Quelle n'était la splendeur de leur majesté!
Si je ne m'étais souvenu des sages conseils de la reine d'hier, je n'aurais pu m'empêcher, débordant d'enthousiasme, de comparer au ciel cette gloire indicible. Certes, la salle resplendissait d'or et de pierreries; mais le Roi et la Reine étaient tels que mes yeux ne pouvaient soutenir leur éclat. J'avais contemplé, jusqu'à ce jour, bien des choses admirables, mais ici les merveilles se surpassaient les unes les autres, telles les étoiles du ciel.
Or, la vierge s'étant approchée, chacune de ses compagnes prit l'un de nous par la main et nous présenta au Roi avec une profonde révérence; puis la vierge parla comme suit:
«En l'honneur de Vos Majestés Royales, Très Gracieux Roi et Reine, les seigneurs ici présents ont affronté la mort pour parvenir jusqu'à Vous. Vos Majestés s'en réjouiront à bon droit car, pour la plupart, ils sont qualifiés pour agrandir le royaume et le domaine de Vos Majestés, comme Elles pourront s'en assurer en éprouvant chacun. Je voudrais donc les présenter très respectueusement à Vos Majestés, avec l'humble prière de me tenir quitte de ma mission et de bien vouloir prendre connaissance de la manière dont je l'ai accomplie, en interrogeant chacun». Puis elle déposa sa branche de laurier.
Maintenant, il aurait été convenable que l'un de nous dise aussi quelques mots. Mais comme nous étions tous trop émus pour prendre la parole, le vieil Atlas finit par s'avancer et dit au nom du Roi:
«Sa Majesté Royale se réjouit de votre arrivée et vous accorde sa grâce royale, à vous tous réunis ainsi qu'à chacun en particulier. Elle est également très satisfaite de l'accomplissement de ta mission, chère vierge, et, comme récompense, il te sera réservé un don du Roi. Sa Majesté pense cependant que tu devrais les guider aujourd'hui encore car ils ne peuvent avoir qu'une grande confiance en toi».
La vierge reprit donc humblement la branche de laurier et nous nous retirâmes pour la première fois, accompagnés par nos vierges.
La salle était rectangulaire à l'avant, cinq fois aussi large que longue, mais, au bout elle prenait la forme d'un hémicycle, complétant ainsi, en plan, l'image d'un porche; dans l'hémicycle, on avait disposé suivant la circonférence du cercle trois admirables sièges royaux; celui du milieu était un peu surélevé.
Le premier siège était occupé par un vieux roi à barbe grise, dont l'épouse était par contre très jeune et admirablement belle.
Un roi noir, dans la force de l'âge était assis sur le troisième siège; à son côté on voyait une vieille petite mère, non couronnée, mais voilée.