Quelques mois s'écoulèrent, et par une chaude journée d'automne, Désiré était allé à la chasse dans la montagne; il s'égara en poursuivant une pièce de gibier et arriva, après une longue marche, dans un canton tout-à-fait inhabité, où les passages étaient d'un accès fort difficile. Il erra longtemps sous le brûlant soleil du midi, monta, descendit vingt fois, et se fatigua beaucoup; en outre, il était affamé, mourant de soif. Il trouva bien dans sa carnassière un morceau de pain pour satisfaire son appétit; mais quand il eut mangé, sa soif devint plus ardente encore; il n'avait rien pour l'apaiser. Dans ce moment il aurait payé un verre d'eau au poids de l'or.

Enfin il aperçut, sur une montagne voisine de l'endroit où il était, un homme qui gardait des moutons. Il courut vers lui pour lui demander à boire. O bonheur! en approchant, il vit que le berger avait une grande cruche pleine d'eau; cette boisson lui semblait cent fois plus désirable que les meilleurs vins, et il espérait bien qu'il allait s'en régaler. Mais, hélas! quand il fut tout près il reconnut le pauvre Guillot; il se hasarda cependant à lui demander un verre d'eau.—Allez-vous-en, lui répondit celui-ci, je n'ai pas d'eau pour vous.

Vraiment Désiré offrit-il de payer cette eau vingt sous le verre, puis cent sous, puis vingt francs. Guillot refusa obstinément.

Désiré eut de nouveau recours aux prières, et le berger lui répondit:—Je n'ai l'intention ni de vous refuser mon eau, ni de vous la vendre; mais j'ai voulu vous faire voir combien il est dur d'être repoussé quand on souffre de la faim ou de la soif. Buvez donc tant que vous voudrez, et n'oubliez plus que les besoins des pauvres sont aussi impérieux que les vôtres.

Cette leçon fit apercevoir à Désiré toute la dureté de sa conduite passé; il récompensa magnifiquement Guillot, et depuis se montra charitable envers tous les nécessiteux.


L'HARMONIE

Un jeune homme élevé dans une retraite absolue n'avait jamais entendu de musique. Une maladie dont il fut atteint le rendit complètement sourd; on l'emmena dans une grande ville pour le soigner et faire en sorte de lui rendre l'ouïe.

Pendant qu'on le traitait, son père le mena dans une maison où il y avait un concert. Le sourd rit beaucoup de tous les mouvements, de toutes les grimaces des exécutants. Il demanda ce que faisaient ces gens-là. On lui dit que c'était de la musique; alors il répétait à tout le monde que la musique était la chose la plus folle et la plus ridicule du monde; qu'il ne concevait pas quel but l'on voulait atteindre en frottant l'un contre l'autre certains instruments, et en soufflant dans d'autres;—puisque cela ne produisait rien, disait-il, très-certainement tous ces musiciens sont des fous.

Le jeune homme guérit et recouvra la faculté d'entendre. On le mena de nouveau au concert. Quels furent sa surprise et ses transports! Il comprenait alors la raison de tout ce qui lui avait semblé si absurde; chaque mouvement des doigts, chaque souffle de la bouche, produisait son effet, et tous ces effets réunis formaient un ensemble ravissant.—Oh! que j'étais fou moi-même, disait-il, je voulais juger de la musique et je n'entendais pas!