Quand le marchand fut sorti du bois, il éleva les mains au ciel et dit:—O Jésus, mon Dieu, j'ai murmuré contre vous et contre la pluie qu'il vous plaisait d'envoyer, parce qu'elle m'incommodait dans mon voyage. Cependant, cette pluie était un bienfait. Si le temps eût été sec et beau, la poudre des voleurs se fut enflammée, ils m'eussent tué et volé. Pardonnez-moi mon offense, ô mon Dieu! à l'avenir je me soumettrai respectueusement à votre sage volonté.
LA SOURCE.
Le petit Guillaume était plein de fougue et d'impétuosité; quelque chose qu'il fit, il s'y livrait avec trop d'ardeur. Parfois il travaillait avec tant d'acharnement qu'il se rendait malade. Dans ses jeux il mettait tant de vivacité et d'abandon que souvent il se faisait des blessures dangereuses. Un jour que, dans l'été il courait après des papillons, il se livra avec emportement à ce plaisir, et se mit tout en nage et hors d'haleine. Mourant de soif, il rencontra une belle source dont l'eau claire comme le cristal, et froide comme la glace, coulait à l'ombre d'un bocage. Guillaume se précipita vers cette eau et en but à longs traits: à peine eut-il commis cette imprudence qu'il se sentit malade et ne put qu'à grand'peine retourner chez son père; on le mit au lit, il fut pris d'une fièvre dangereuse, et sa vie fut en danger.
—Ah! mon père, disait-il un jour, qui eût pensé que cette belle source contînt un poison si dangereux? que les apparences sont trompeuses.—Tu accuses à tort la source, répondit le père; c'est elle qui fournit le ruisseau dont nous buvons l'eau chaque jour, jamais elle ne nous a nui; mais toi, tu l'as rendue malfaisante en la prenant la plus fraîche possible, au moment où ton corps était tout bouillant de chaleur; c'est ton imprudence qui a fait un poison de cette eau salutaire: n'oublie pas que l'excès corrompt les meilleures choses.
LES POMMES.
Tous les vices se tiennent par la main, la gourmandise mène le vol. Philibert était un petit gourmand: de la fenêtre de sa chambre, il voyait de belles pommes dans un jardin près de là, Il succomba à la tentation que l'aspect de ce fruit lui faisait éprouver, et de grand matin il chercha à pénétrer dans le jardin où se trouvait l'objet de sa convoitise. Il découvrit à la haie qui en formait la clôture un petit trou qu'il parvint à agrandir, et y passa avec grande peine en s'égratignant les mains et en salissant ses vêtements. Il arriva enfin auprès du pommier et se hâta de remplir de plus beaux fruits les poches de son habit. Au moment où il allait partir, il vit arriver le maître du jardin, qui se mit à sa poursuite. Comme Philibert courait bien, il parvint à temps au trou de la haie, engagea promptement sa tête et ses épaules; mais, comme l'espace était juste, les poches gonflées de pommes ne purent passer, et le retinrent comme dans un piége.
Le maître du jardin arriva, et après avoir ri de grand coeur de l'aventure singulière, il reprit ses pommes, fustigea le voleur et lui dit:—C'est la chose même que tu as volée qui est cause que tu es puni pour ton vol.