Ne pouvant suivre le roi à la guerre, elle prie pour lui, elle ordonne pour lui des prières publiques. Elle lui adresse aussi de prudents conseils.
Charles-Quint assiège Landreçies. François Ier qui fait ravitailler la ville, conduit à'Cateau-Cambrésis trente et quelques mille hommes. Marguerite s'effraye d'autant plus que, connaissant la valeur du roi chevalier, elle sait que cette bravoure l'exposera à tous les périls. «Je suis seure, écrit-elle à François Ier, que vous n'avez au camp pionnier dont le corps porte plus de travail que mon esprit.» Dans une poétique épître au roi, elle nous redit ses angoisses, nous voyons ses larmes, nous entendons ses prières. Puis, lorsque l'empereur s'est éloigné, quelle ivresse! Malade, la reine de Navarre entraîne son mari à l'église pour le Te Deum de la victoire.
De tous mes maux receu au paravant
Je n'en sens plus, car mon Roy est vivant[293].
Note 293:[ (retour) ] Epistre III de la Royne de Navarre au Roy François, son frere. (Les Marguerites de la Marguerite des princesses, éd. citée.)
Partout et toujours les émotions de son frère font frémir sa plume ou vibrer sa lyre. Aux heures de tristesse, François Ier aurait pu lui adresser les beaux vers qu'elle place sur les lèvres d'un prisonnier:
Las! sans t'ouyr bien presumer je peux
Que toy et moy n'ayans qu'un coeur tous deux,
Si dens mon corps l'une moitié labeure,
L'autre moitié dedens le tien en pleure[294].