Un instant plus tard, comme elle s’habillait, trois coups discrets furent frappés à la porte qui s’ouvrit pour laisser entrer Olga Dimitrievna.

Elle avait longtemps habité avec Varvara Petrovna, mais, depuis qu’elle avait une place à la municipalité, l’avait quittée pour louer, par amour de l’indépendance, une petite chambre où elle couchait. Mais elle était chaque jour chez Varvara Petrovna où elle dînait et passait la soirée avec Ariane Nicolaevna. Elle était fort attachée à cette dernière. Celle-ci la payait-elle de retour, cela est assez obscur. En tout cas, les deux jeunes filles ne se quittaient guère et vivaient sur un pied de mutuelles confidences, bien qu’Olga eût cinq ans de plus que son amie. Il faut signaler ce trait de caractère d’Ariane qui, par on ne sait quelle sûreté de soi, s’égalait aux personnes plus âgées qu’elle dans l’intimité de qui elle vivait. On en a déjà eu un singulier exemple dans les rapports d’Ariane et de sa tante. Olga ne cachait rien de sa vie secrète à Ariane. Et cette fille blonde et expansive était certaine qu’elle connaissait tout de son amie. Mais si un observateur de sang-froid avait assisté aux vives conversations des deux jeunes filles, il aurait noté certaine façon qu’avait parfois Ariane de regarder sa confidente et en aurait cherché l’explication. La liaison étroite entre Ariane et Olga n’était pas sans rapporter quelques bénéfices à cette dernière. Malgré son extrême jeunesse, Ariane avait su réunir autour d’elle une cour d’adorateurs empressés à exaucer ses moindres fantaisies, et il lui en passait d’étranges par la tête. Pique-niques, soupers, parties de traîneaux et de danses, Olga participait à toutes les fêtes et l’on ne pouvait inviter Ariane sans son amie. Elle jouait le rôle peu flatteur de chaperon, mais s’arrangeait pour en tirer des avantages qui ne sont guère dans la tradition d’un personnage de second plan.

Entrée dans la chambre, elle regarda Ariane et lui dit, avec un mélange de dépit et d’admiration :

— Je n’y comprends rien. Tu as soupé, tu as bu du champagne, tu as fait Dieu sait quoi, tu t’es reposée deux heures à peine, tu as passé un examen et te voilà fraîche comme si tu avais dormi toute la nuit.

— Ajoute, ma chère, que j’ai des ennuis, fit Ariane. J’ai enfin reçu la réponse de mon père. Tout est fini entre lui et moi. Tiens, lis sa lettre.

Elle tendit le papier froissé à Olga qui lut avec attention.

Lorsque Olga eut terminé, elle regarda son amie qui, assise devant une table de toilette, se coiffait :

— Eh bien ?… fit-elle.

— Eh bien, répondit Ariane, je me passerai de lui. Il n’est pas difficile de trouver de l’argent dans une ville comme la nôtre…

Olga Dimitrievna courut vers elle. Elle était fort agitée…